Essais des Focus Thron & Jam, rivaux fraternels !

Une histoire de famille…

Choses promises, choses dues ! En mai dernier, je bouclais la présentation des Focus Thron & jam par le souhait de les amener au terme du protocole d’essai FullAttack. Le Focus Thron et les bonnes premières impressions à son guidon, m’y incitaient. L’occasion de mettre les deux vélos face à face et répondre aux questions que ça peut poser… Confirment-ils les premières impressions ? Quelles points communs ? Différences ? Y’en a-t-il un mieux que l’autre ? Ce double verdict d’essai des Focus Thron & Jam y répond, en plus des habituelles questions qui se posent…

Focus Thron & Jam 6.9

  • Trail/AM (Thron) AM/EN (Jam) !
  • Full 29 pouces
  • 130 mm (Thron), 150 mm (Jam) Fox 34 Rythm ou 36 Perf. Grip
  • Full aluminium
  • Reach 470 mm (Thron) / 480 (Jam), offset 46 mm (Thron) 44 mm (Jam)
  • Rody Tyrp Alu 25 mm (Thron) 30 mm (Jam) 
  • Maxxis Dissector/Rekon 2.4 Exo (Thron) Minion’s Exo/+ 2.4/5 (Jam)
  • Shimano XT 4 pistons, 200/180 mm
  • 3 modèles, 4 tailles par segment, 2299 à 4 099 €
  • 16,02 kg, (L, chambres, Thron) / 16,72 kg (L, chambres, Jam)
  • Dispo depuis mai 2020
  • focus-bikes.com

Rivalité fraternelle ?

À la longue, le Focus Thron confirme les bonnes impressions du début. Un enfant dans un corps d’adulte, un peu bi-polaire. À la fois sensible et soutenu en suspension. À la fois rigide et filtrant via son cadre. L’équilibre entre tout ça est très intéressant. On peut compter sur l’un ou l’autre. L’expérience dépend alors du tempérament sur lequel on s’aligne, et celui que l’on exprime soit même en roulant. Les plus sages y trouveront un bon repère, confortable et rassurant. Les plus fous un bon copain, apprécié pour l’enthousiasme et la tolérance qu’il partage. C’est selon. Dans tous les cas, il sait se faire apprécier, en faire plus qu’attendu, et déborde forcément du cadre…

Avec le Focus Jam, on sent que les deux vélos ont eu la même éducation, mais n’y ont pas gouté de la même manière. C’est le grand frère qui pâtit de la présence du petit frère. Il partage ce même côté grisant au pédalage. Assis, au train, le Focus Jam sait aussi mettre l’inertie à profit. À peine perd-t-il un poil plus encore à la relance, de toute façon pas le fort de la fratrie. Quand ça brasse, le Focus Jam a le même côté filtrant… Mais il en fait passer davantage par les suspensions, un peu moins par le cadre. C’est un peu plus précis et exigeant sur l’angle, ou quand le vélo est en travers. On a donc l’impression de devoir se tenir, et/ou rouler plus vite pour que ça colle au tempérament, malgré le débattement supplémentaire…

D’où ça vient ?

Trois points pour expliquer cette différence. En premier lieu, la présence d’un renfort entre les haubans du Focus Jam, absent sur le Focus Thron. Un choix délibéré de la marque pour offrir deux tempéraments distincts. Mission accomplie. Le Focus Thron y doit sa tolérance pour beaucoup. Je dirais 50% de la différence entre les deux. 25% proviennent des roues – jantes plus fines sur le Thron. Et les 25% restants proviennent de la différence de débattement. J’ai interverti ce qui pouvait l’être pour m’en assurer.

Comment ça se règle ?

D’origine, le Focus Thron est livré avec des réducteurs de volume dans ses suspensions. Ils brident un peu l’intérêt du vélo. Avec, il a de toute façon déjà son style, mais ça limite vite en matière d’amortissement. Sans, il y gagne, sans perdre en dynamisme et rendement pour lesquels il est de toute façon égal à lui-même. Le Focus Thron y perd donc plus à les avoir, qu’à s’en passer. À retirer.

Meme topo sur le Focus Jam, à la différence que seule la fourche en possède. Ils la font vite dribbler. C’est mieux sans, d’autant qu’un peu de compression compense et assure le maintien.

Dans les deux cas, Les Focus Thron & Jam méritent d’être attentifs en détente. À mi-plage, c’est bien dimensionné. On profite du caractère de chacun, et de leurs poids pour avoir du grip. On peut être tenté d’accélérer un peu les détentes pour gagner en dynamisme, mais attention. On touche vite aux limites des suspensions montées sur ces versions 6.9. Ça finit vite par dribbler et ne plus suivre. On peut donc tenter d’en jouer, mais il faut surtout y rester attentif pour ne pas dépasser les limites du matériel.


AvantArrière
SAG30%30%
Détentemi-plage mi-plage
Compressionouverte (Thron)
intermédiaire (Jam)
ouverte
Réducteurs de volumesanssans

Clics de détente et compression comptés depuis la position la plus vissée des molettes. SAG arrière réalisé assis/selle haute – SAG avant réalisé debout/bras en appui sur le cintre / épaules à l’aplomb du guidon. Pour un gabarit moyen de 75/80kg.

Comment ça se pilote ?

Les points communs et différences entre Focus Thron & Jam impliquent des nuances en matière de pilotage. À quoi se prête–t-ils le mieux ? Comment en faire usage pour en tirer meilleur parti ? Où se situent les nuances entre les deux ? S’il fallait résumer, on dirait que le Focus Thron est joueur, et qu’il faut arrondir davantage au guidon du Focus Jam… Mais voici quelques précisions pour mieux cerner le propos.


À la pédale…

C’est clair et net : les Focus Thron & Jam ont ce point commun de se conjuguer au train. On pédale rond, et posé sur la selle. L’assise est bonne puisque le soutien de la suspension le permet. À l’oeil, la suspension arrière pompe légèrement sur les réglages qui permettent de tirer le meilleur parti du vélo. Pour autant, ça ne flingue pas l’assiette du vélo, qui reste contenue. Ça permet à l’inertie de l’ensemble de rester constante, et donc de bien entretenir la vitesse, même faible. Ça évite d’avoir à relancer sans cesse les Focus Thron & Jam et c’est tant mieux ! Parce que dans ce domaine, la giclette n’existe pas. Ceux qui y tiennent passeront leur chemin. Ici, on peut se permettre d’être brouillon, brutal ou mal coordonné à la relance. Les Focus Thron & Jam lissent le résultat et évitent de patiner quand l’adhérence est faible à la roue arrière, à défaut de convertir un maximum d’énergie en vitesse.

Quand ça tourne…

Les Focus Thron & Jam ont aussi en commun la gestuelle à adopter pour tourner à leur guidon. Les deux pèsent leur poids et le font sentir. Ici aussi, l’intérêt est de les rendre tolérant. On peut être un peu brouillon, brutal ou peu précis dans le geste. Les trajectoires restent rondes et propres. Ils corrigent une bonne part de l’approximation. Le tout, sans y perdre en précision. Simplement, ne pas hésiter à forcer le geste quand la vitesse augmente.

La seule différence entre les deux provient de la rigidité/tolérance des cadres, et du débattement différent. Le Focus Jam semble tout de même un peu plus exigeant, moins enclin à se mettre en travers. Il faut donc arrondir davantage les trajectoires. Élargir en entrée et en sortie, moins tasser du boitier pour espérer tourner sec et/ou rattraper une trajectoire trop optimiste.

En l’air ?

Memes observations, mêmes effets lorsqu’il s’agit de prendre la voie des airs au guidon des Focus Thron & Jam. Le premier finit par inciter à oser des bunny-up un peu sketchy à la récèp’, quitte à ce que le poids, la raideur maitrisée et le toucher de suspension fasse le job au moment de poser le vélo in extremis ! Le vélo se tient sans être punitif, si bien qu’on en vient à poser des appuis un peu optimistes, ceux de la dernière chance…

Le Focus Jam, une nouvelle fois, demande à composer plus rond. Tirer plus gros, plus haut, plus loin. Décomposer davantage le mouvement. Accepter qu’il nécessite plus de temps/place pour déclencher, et pour retomber. Même esprit lorsqu’il faut manoeuvrer pour incliner le vélo en l’air. D’autant qu’à la réception, on touche plus vite aux limites des suspensions…

Quand ça brasse ?!

Dernier cas de figure qui permet de peaufiner le mode d’emploi des Focus Thron & Jam. C’est ici qu’on peut toucher aux limites des suspensions, mais où le cadre du Focus Thron peut prendre le relai, arrondir les angles. Ça permet de mettre un peu plus d’angle quand le terrain est cahotique, garder un peu plus de grip quand c’est exigeant au sol : champ de racine, dévers, patures, dalles et dédales…

Le Focus Jam, plus raide, peut en encaisser davantage, mais ne manque pas de le retranscrire. Ce qui peut paraitre inconfortable, un peu rustre à la longue. D’autant que ça se retranscrit dans l’adhérence au sol, qui varie davantage. L’idée est donc de manoeuvrer, faire les choix de trajectoire et de gestuelle pour maximiser ce qui passe dans les suspensions, quitte à les faire trop travailler…

Pour qui ? Pour quoi faire ?

Dans tous les cas, il y comme un décalage entre les pratique annoncées, et ce à quoi les Focus Thron & Jam se prêtent le mieux. Généreux, le Thron est presque plus All Mountain que Trail dans l’âme. On a envie de tirer parti de son caractère plus joueur qu’il n’y parait. Tandis que le Jam se cherche un peu. Presque trop pataud pour un All Mountain véritablement compétitif face à son frangin qui déborde sur le créneau, pas assez cohérent et performant pour être véritablement considéré comme un Enduro à part entière et sur un marché très compétitif, ce que doit être la version 6.0 LTD mieux dotée… C’est bien le Focus Thron que l’on peut le mieux définir à l’issue de cet essai. Un milieu de gamme sain et accessible à avoir sous la main pour progresser au train, se faire plaisir à piloter quand l’occasion se présente, et à prêter aux potes qui veulent découvrir les joies du vrai VTT sans monter tout de suite sur une bête de course !

La Concurrence ?

Santa Cruz Tallboy

C’est face à lui que le Focus Thron est plus All Mountain que Trail. La légèreté et le dynamisme du californien rappelle ce que doit être un vélo de ce créneau. On retrouve cependant le point commun à la suspension FOLD – point de pivot fixe – et VPP – point de pivot virtuel – des deux marques : effet tapis volant remarquable dans les deux cas !

Commençal Meta TR

C’est face à l’Andorran, lui-même à mi-chemin entre All Mountain et Enduro, que le Focus Jam démontre qu’il est entre deux eaux. Sauf qu’ici, ça met en exergue que le travail de rigidité/raideur est moins maitrisé chez l’Allemand. Moins fin, moins abouti. Le rendu final est plus grossier, s’accordant à un pilotage du même acabit…

Lapierre Zesty

À quelque chose près, les Focus Thron et Lapierre Zesty de niveaux de gamme équivalents sont proches en poids. Mais ici les deux démontrent que la conception peut amener à des résultats bien différents. La giclette est bien plus présente sur le Français, ce qui donne une impression de légèreté plus importante au coup de pédale.

Si j’avais dû choisir, à priori, j’aurais opté pour le Jam, et serait peut-être resté sur ma faim. Je serais, en tout cas, certainement passé à côté du Focus Thron, la bonne surprise de cet essai. Il me parait plus homogène, et plus réussi. Naturellement, il incite davantage à rouler sur le registre qui correspond à son montage. Le Focus Thron, Trail sur le papier qui sait rouler All Mountain, se suffit alors à lui-même, tel quel !

Rédac'Chef Adjoint
  1. Très bon essai, clair et précis comme à chaque fois !
    Quand vous comparez le Thron au Zesty, quelle version du Zesty ? La TR ?
    Car j’aurais plutôt mis en face du Zesty AM le Jam, quand serait-il si la comparaison devait être faite ?

    Le zesty a quand même la chance d’être versatile, dans le sens où il est très bien en AM mais peut aussi s’aventurer en Enduro à l’instar du Meta TR.
    Surtout que le cadre du zesty am est commun avec le spicy donc changement de suspension pour augmenter le débattement est chose aisée.

    1. Antoine étant en congés, je réponds… Il parle bien du Zesty AM, en référence au verdict d’essai Zesty/Spicy accessible en cliquant sur le sous-titre

    2. Salut Romain,

      version AM, celle que j’ai eu l’opportunité de rouler. Après, ce qu’il faut bien saisir c’est que le Thron est davantage capable que ce qu’il suggère sur le papier. Raison pour laquelle me vient à l’esprit la version AM du Zesty. Effectivement, sur le papier une fois encore, le JAM devrait être plus en concurrence avec le Zesty AM… mais comme je l’indique dans l’article, pour différente raison ce vélo a un peu « le cul entre deux chaises » ce qui fait qu’au final, c’est pas lui qu’on retient le plus. Dans ce registre, effectivement, le Zesty est plus à son avantage parce que justement plus versatile, personnalisable, etc…

  2. Est ce que le comportement de ces deux vélos pourrait être rendu un peu plus vif en changeant de roues pour des plus haut de gamme (Crossmax Xl ou M1700 par exemple) ?
    Sur les anciens tests vous aviez une paire de roue de référence que vous utilisiez, ca apportait des infos intéressantes sur comment on peut faire évoluer le montage du bike.

    1. Salut Antoine,

      c’est toujours le cas. Depuis quelques temps déjà, les Santa Cruz Reserve ont remplacé les Corssmax XL, mais le principe est toujours le même. J’en ai fait usage sur ces vélos, dans le cadre de cet essai. C’est ce qui me permet d’indiquer, dans le paragraphe  » D’où ça vient ?  » que les roues entrent en compte, mais n’expliquent pas tout 😉

  3. Au fait, vous auriez l’occasion de tester un enduro en cadre acier? Peut être un match franco-anglais? Ces machines sont des alternatives aux cadres alu ou carbone. Et je serai ravi de voir un essai chez vous!

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