Le Scott Genius reprend du galon !

Compte tenu de l’évolution du marché, c’était une évolution attendue ! Le Scott Genius, fer de lance de la gamme gravity de la marque, évolue en profondeur. On a eu l’occasion d’en découvrir la toute dernière version – millésimée 2023 – aux côtés du staff Scott sur les pentes de la vallée d’Aoste il y a quelques temps. C’est donc l’heure d’une présentation complète, et des premières impressions à son guidon, sur FullAttack ! Qu’est-ce qui évolue ? De quelle manière ? Comment ça se traduit sur le terrain ? C’est parti !

L’intention…

Le Scott Genius, on connait ! Sur le segment All Mountain/Trail, c’est un vélo qui fait partie des meubles. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir que le tout premier Scott Genius est apparu en 2001. C’était alors plus un vélo de XC qu’un vélo ludique. D’ailleurs, cette filiation avec les vélos les plus pédaleurs de la marque, le Scott Genius l’a longtemps entretenue. Jusqu’à la dernière version en date à vrai dire. C’est, d’ailleurs, peu ou prou, ce que l’essai FullAttack nous avait laissé comme impression.

Il n’empêche que depuis, le marché a évolué. Ces dernières années, la tendance gravity qui consiste à faire progresser n’importe quel vélo sur ses capacités au pilotage et en descente fait son oeuvre. Chez FullAttack, on voit forcément ça d’un bon oeil. D’ailleurs, c’est ce qui nous a attiré à l’essai du Scott Spark, la version Down Country du tout suspendu pédaleur chez Scott. Dans ce contexte, que resterait-il au Scott Genius tel qu’on le connait ?! Pas grand chose à vrai dire…

C’est la raison pour laquelle la nouvelle version du Scott Genius, qu’on vous présente ici, est au programme. L’ambition affichée est claire : élargir au maximum les capacités du Scott Genius, qui doit incarner le vélo à tout faire de la gamme, doit être un VTT moderne par excellence, et briller par sa polyvalence. Pour ce faire, et pour couvrir un large spectre, deux versions du Scott Genius existent même, mais on y reviendra plus tard dans cet article. Commençons par son ADN, ce qu’il renferme, à coeur… 

L’équipe

Pour parler d’un vélo, il est toujours bon d’évoquer les cerveaux et forces en présence pour le concevoir. Rencontrer René, Tim, Quentin, Etienne, Clément à l’occasion du lancement du Scott Genius est donc un plus. Ici, l’occasion de constater que l’équipe est réellement structurée à l’image du slogan Innovation, Technology, Design de la marque. Aux Chefs Produits de définir le cahier des charges, la cible, ce que les pratiquants attendent et ce que la marque veut proposer. Aux ingénieurs de définir la géométrie et le concept cinématique qui doivent cadrer ça, servir de support, en premier lieu. Aux designers de donner corps à ça, de manière esthétique, ensuite. Aux ingénieurs, enfin, pour rendre le dessin crédible vis-à-vis des contraintes de fabrication et aux exigences en matière de fiabilité/robustesse. À ce sujet, chez Scott, on note un ingénieur spécifiquement dédié au travail de dimensionnement. Logique, quand on sait que son job se partage entre dimensionnement par éléments finis et bancs d’essais. Des métiers à part entière. C’est néanmoins, à souligner, parce que ce n’est pas systématiquement le cas. D’autres boites du milieu font appel à des cabinets pour cette partie, et d’autres mettent leurs moyens sur d’autres points clés, les cinématiques et suspensions par exemple… Ici, ce petit détail de l’organigramme ne fait qu’appuyer le ratio innovation/légèreté/performance auquel Scott nous a habitué !

La réalisation !

Il est temps de voir comment le Scott Genius, Model Year 2023, remplit sa mission. Pour ça, rien de tel que de passer en revue les points clés, chers à la grille d’analyses FullAttack : géométrie, cinématique, structure… L’exercice est d’autant plus intéressant qu’il révèle et souligne l’approche de la marque et son équipe, en matière de process de conception/développement. 

Géométrie

Qui dit vélo qui doit tout faire et vélo moderne, dit angles et côtes dans la tendance du moment. Un schéma simple permet d’illustrer le propos. Il s’agit de celui-ci, qui met en évidence le travail effectué sur le reach (qui augmente), l’angle de selle (qui se redresse), la hauteur du boitier (qui s’abaisse) et le train avant du Scott Genius 2023 (qui se couche). 

En matière de reach tout d’abord, chaque taille gagne plusieurs dizaines de millimètres. Pour exemple, 460 mm en M, c’est presque ce que taillait le L jusqu’à présent. 485 mm sur le L, c’est pas tout à fait ce que le XL taillait, mais ça permet à la plus grande taille de proposer 510 mm désormais… 

Dans tous les cas, sans commenter millimètre à millimètre, on constate une chose évidente à la lecture des côtes du nouveau Scott Genius : c’est généreux vis-à-vis du précédent et surtout, c’est moderne ! Le Scott Genius s’inscrit par là dans la tendance du moment des vélos en gravity en 150/160 mm. Bel et bien fini, de ce point de vue, le gros vélo de XC bodybuildé. 

Cinématique

Côté suspension, le Scott Genius reste fidèle à une donnée clé : le débattement à la roue arrière, 150 mm ! Toujours sur une cinématique type 4 bars, à point de pivot virtuel. Là où ça se peaufine, c’est sur les valeurs de chaque paramètre, que l’équipe de conception travail de concert, en fonction des contraintes de chaque domaines…

Ce que les courbes transmises par Scott ne montrent pas, mais à quoi je me suis tout de même intéressé, porte sur les autres paramètres de cinématique. En matière d’anti-rise notamment, ou de comportement du vélo au freinage, autrement dit. La courbe en elle-même est très constante, autour d’une valeur de 75%. C’est un compromis établi après différents essais. À l’origine, les pilotes du team de Descente qui rapportaient une suspension trop figée et inconfortable lorsque la valeur est plus importante. Et par ailleurs, une suspension très confortable, mais aucun véritable grip et contrôle de la roue arrière au sol avec des valeurs proches de zéro, constatées chez certains concurrents. 

Modes de suspension

Sur les tout-suspendus Scott, depuis un bon moment maintenant, un travail important est fait en collaboration avec Fox, pour l’élaboration d’amortisseurs spécifiques à chaque modèle. Un travail qui va au delà du déjà très important travail à effectuer sur les settings internes, sur l’hydraulique. En la matière, Scott semble d’ailleurs plutôt faire confiance à Fox pour suggérer ce qui colle le mieux aux courbes précédemment citées. 

Là où ça va plus loin, c’est sur la présence du levier connu jusqu’ici sous le nom de TwinLoc, au guidon, qui permet d’ajuster au vol, le comportement des suspensions. Ici, il permet de jouer sur deux paramètres à l’amortisseur notamment : la compression – de plus en plus freinée – et le volume de la chambre d’air positive de l’amortisseur. Quand on actionne le levier, le volume se réduit, la chambre positive à double paroi perdant son volume extérieur additionnel, seul le volume central – le plus important – restant actif.

Design

On l’a dit, en parallèle à tout ça, les designers de la marque jouent un rôle clé chez Scott. Ils donnent corps au Scott Genius et s’assurent qu’esthétiquement, le vélo s’inscrive dans la lignée du moment. 

Intégration

Le design que l’on vient d’évoquer, c’est aussi, et surtout, l’opportunité de poser les bases d’un gros sujet sur le Scott Genius : l’intégration ! Les lignes sont belles et travaillées, le Scott Genius a donc pour ambition de les mettre en valeur en éliminant un maximum de ce qui pourrait les briser. À commencer par l’amortisseur. Comme le Spark, et depuis que Scott a racheté la marque Bold – spécialiste de l’exercice – cet élément est placé à l’intérieur du cadre…

Scott Genius

ST 900 2023

  • All Mountain
  • 29 pouces
  • 160/150 mm, 36 & Nude
  • Carbone ou Alu
  • Reach 485 mm (L) & Offset 44 mm
  • Synchros Revelstoke 30 mm 
  • Dissector & DHF II 2.6 pouces Exo
  • Shimano XT 4 pistons, 203/180mm
  • 10 modèles, 4 tailles, prix de 3799 à 11999 euros
  • 13,3 kg, (sans pédales, TL + Prev.)
  • Disponible à partir de février 2023
  • Fiche sur scott-sports.com

Carbone vs Aluminium

Une chose importante à noter au sujet du Scott Genius 2023 : tout ce qui vient d’être exposé est valable pour l’ensemble de la gamme… Composées de modèles en carbone, comme de modèles en aluminium ! Le carbone, logiquement et comme c’est habituellement le cas chez Scott, vise à réduire au maximum le poids de l’ensemble. 2,295 kg avec visserie pour la version la plus haut de gamme, à fibre HMX (très haut module). Une version HMF moins coûteuse est également produite, et pèse 2795 g… Dans tous les cas, on parle d’un cadre qui compte jusqu’à 677 feuilles de carbone disposées en son sein pour optimiser la structure. En la matière, c’est le travail manuel de mise en position qui, quoi qu’il arrive, représente le plus gros du prix que ça implique.

Mais lors de cette présentation, c’est la version aluminium qui a, je dois le préciser, retenu le plus mon attention. Peut-être parce que la trentaine de pièce qui la compose était soigneusement exposée, et parce qu’Etienne, l’ingénieur en charge de cette version, était présent/dispo pour échanger à ce sujet. Toujours est-il que son travail consiste ici à rendre possible l’obtention d’une version aluminium aussi proche de la version carbone, d’un point de vue esthétique et comportemental. Pas une mince affaire, quand on sait les contraintes qu’implique la mise en oeuvre de l’aluminium…

Quoi qu’il en soit, c’est un fait établi : le Scott Genius en aluminium est loin d’être une version au rabais. Sa finition alu poli présente lors du lancement a d’ailleurs fait sensation. Gros travail de conception, belle finition, le tout dans une cible tarifaire qui se resserre… Avec la crise actuelle, le pris des matières premières évolue. Et l’aluminium augmente, lui aussi… Bref,  techniquement, une bien bel exercice qui méritait d’être mis en valeur ! 

Syncros

Certains d’entre nous l’ont bien intégré : Syncros, la marque de périphériques et d’accessoire, fait partie du groupe Scott depuis plusieurs années. Elle est notamment réputée pour l’ingéniosité de certains de ses composants et le Scott Genius n’y échappe pas. S’il n’a donc pas de boite à gant à proprement parlé, il se pare d’un paquet de petits accessoires Syncros et assimilés, pour embarquer le nécessaire de réparation…

Les versions du Scott Genius 2023

On l’a dit en début d’article, le Scott Genius 2023 a l’intention de couvrir une large gamme de pratique Trail, All Mountain voir, dans certains cas, Enduro. Grosso modo, l’idée étant que la plateforme Scott Genius occupe tout l’espace entre le Spark Down Country et le Ransom Gros Enduro. Un spectre large auquel le Scott Genius répond via deux versions : le Scott Genius 900 et le Scott Genius Super Trail.  Deux différences essentielles entre ces versions : l’angle de direction et les trois niveaux d’ajustement des suspensions. 

Prise en main

C’est dans la vallée d’Aoste, sur les hauteurs même d’Aoste et de Pila, que j’ai l’occasion de prendre en main le Scott Genius. Une vallée qui, à s’y méprendre, me fait largement penser aux Alpes du sud. De par son ouverture, son exposition, le profil de ses sommets, la végétation et le sol qu’on y retrouve… On pourrait la penser plus voisine qu’elle ne l’est de Briançon et ses alentours…

Dans tous les cas, un terrain de montagne donc, avec à trois reprises, le même format d’excursion : une approche en navette, puis à la pédale pour quelques dizaines à quelques centaines de mètres de dénivelé qui vont bien. Au plus haut, c’est dans les alpages, jusqu’à un refuge d’altitude, que ça nous mène. De quoi passer en revue les pistes roulantes et pentues par endroits, les pâtures et leur fines traces poussiéreuses avec franchissements rocailleux, quelques belles lignes en crêtes, de beaux sous-bois de mélèzes lumineux, quelques voies romaines, et des traces qui se faufilent entre les coteaux pour finir…

En net progrès ! 

Connaissant mon penchant pour les pratiques gravity et l’esprit du magazine, c’est une version Super Trail qui m’attend. Tant mieux, parce qu’après le dernier essai du Genius en date sur FullAttack, j’attends un peu cette nouvelle version de pied ferme. Je dois bien être honnête avec vous, l’ancien ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Raide mais pas franchement rigide et précis, léger et agile mais pataud sur les bords, malgré tout… J’en gardais un souvenir de vélo le c** entre deux chaises, un peu trop gros pour être un petit vélo agile et ludique, mais pas assez pour être véritablement dans le coup face à la concurrence. 

Eh bien, si je dois résumer en une expression mon sentiment sur ce point après avoir roulé le Scott Genius 2023 : tout ça, c’est du passé ! À mon sens, le Scott Genius est en net progrès. Notamment via cette version Super Trail, il se replace clairement sur le segment des vélos All Mountain & Enduro du moment. Pourquoi ? D’abord, parce qu’à tous les rythmes abordés, dont certains de bon ton dans la roue de Rémy Absalon, le chassis du Scott Genius se tient. Bien plus précis, offrant une lecture franche et des appuis du même niveau. Ensuite, parce que ses dimensions ne sont pas le facteur limitant quand le rythme augmente. L’angle de direction et l’empattement avant offrent ce qu’il faut pour trouver appui et stabilité quand le terrain se complique…

Premiers traits ?! 

Une prise en main comme celle effectuée ici ne permet pas de faire le tour, de manière catégorique, sur la qualité et le caractère d’un vélo. Elle permet néanmoins d’identifier les premiers traits de caractère qui s’en dégage. C’est l’équivalent de la première impression, sur réglages de base, qui introduit chaque verdict d’essai FullAttack. 

Ici, ça permet donc de détailler un peu plus en quoi le Scott Genius parait bien plus capable que par le passé. À la pédale d’abord, on saisit bien que la version Super Trail ne perd pas au change avec les nouveaux modes de suspension que le levier de commande offre. Off road, au final, je ne ressens pas une utilité franche du système. L’anti-squat en hausse et bien présent sur le haut de cassette, qui s’ajoute au chassis léger et à toute la section du boitier de pédalier/bases massive, offrent un Scott Genius qui sait rendre au coup de jarret et offre une belle assise.

Quand la pente s’inverse, par contre, la position intermédiaire de l’amortisseur a du sens quand le terrain est lisse et offre quelques amples mouvements dont on peut jouer. La progressivité supplémentaire offre ce qu’il faut de peps en plus pour tenir l’assiette du vélo, offrir de meilleurs circonstances pour pumper le terrain. En cas d’impact, on ne perçoit pas pour autant un gros manque de débattement. Pas handicapant à la montée, apportant ce qu’il faut, parfois, à la descente… 

Ça parait bien dimensionné, et je tiens à le souligner parce que ça marque aussi un progrès, ou du moins une différence, avec ce que le Spark offre. Ici, la plage utile et exploitable en détente, est par exemple plus étendue et conforme à ce que l’on est en droit d’attendre d’un vélo de ce niveau de gamme. On se situe au centre la plage pour mon gabarit, ce qui montre aussi un progrès qui s’inscrit dans mes dernières observations en date. Les choses évoluent dans le bon sens, Intéressant. 

Premières limites ?! 

Sur une simple prise en main, il est toujours délicat de tirer des conclusions. Je peux néanmoins partager les premières limites observées. En compression, quelques clics suffisent toujours à l’avant pour perdre en sensibilité, et rentrer dans une zone où ça brasse plus que ça ne devrait. Quelque part, ça peut s’accorder avec la suspension arrière qui, quand le rythme est franchement bon, peut montrer quelques signes de limites qui se rapprochent. Ça tape parfois un peu fort, ça brasse un peu par moment, c’est redevenu un peu mieux après une petite pause…

Anti-squat qui reste un peu élevé après SAG ? Amortisseur qui chauffe un peu ? Ça mérite de creuser, mais ça se fait sentir ici, et le rythme n’est pas à tombeau ouvert non plus, simplement élevé et de bon ton compte tenu du terrain. On peut donc rouler de belle manière, mais pas à rythme de course, sur ce Scott Genius. Quoi qu’il en soit, l’anti-rise très constant, et le compromis intéressant qui semble avoir été trouvé sur le comportement du vélo au freinage, sauve de toute façon bien la mise. L’assiette du vélo reste bonne quand on commence à se battre un peu avec, donc on peut continuer à compter dessus… 

All Mountain aujourd’hui, Enduro hier… et demain ?! 

À travers cette prise en main, le Scott Genius Super Trail me permet d’évoquer une tendance actuelle que l’on va voir se développer encore ces prochains mois : les All Mountain d’aujourd’hui, sont plus que jamais les Enduro d’hier. 150/160 mm de débattement, fourche en 35/36 mm de plongeurs, un empattement avant généreux, un angle de direction couché, des pneus à gros volume, des jantes en 30mm, des disques en 200mm, des cintres larges, j’en passe et des meilleurs. Eh bien le Scott Genius Super Trail s’inscrit clairement dans cette tendance… 

Ces vélos pour rouler Enduro ou randuro, à la pédale avec un petit coup de main en navette ou via les remontées dispos s’il faut. En moyenne comme en haute montagne, pour peu que la technicité et l’aspect naturel des traces soit de bon ton. Il pourrait même y avoir un chrono de temps à autre. Mais il vaut mieux que ce soit sur un évènement au long cours, où l’engagement n’est pas total, où la gestion a de toute façon son mot à dire. Pour la compétition d’Enduro la plus moderne, les vélos en 160/170, fourche en 38 mm & Cie sont là pour prendre le relai… 

C’est toujours risqué de se lancer dans une liste des produits concurrents pour établir les faits, mais pour moi, ce premier contact place de manière évidente le Scott Genius Super Trail parmis les Santa Cruz Hightower, Specialized Stumpjumper Evo, YT Jeffsy, Transition Sentinel, Orbea Occam LT, Canyon Spectral, etc… Un créneau dont on reparlera forcément très vite, et de manière détaillée, comme ici, sur FullAttack 😉