Cannondale Bad Habit : la bonne idée entre Habit LT et Jekyll ?

Entre un Habit LT qui appèle à plus et un Jekyll plus radical par nature, il y avait un espace évident qu’on aurait voulu voir occupé. Avec le Cannondale Bad Habit, Cannondale s’y engouffre en reprenant les bases qui ont fait le succès des Habit, pour les pousser vers un Enduro plus moderne et engagé. Une bonne idée sur le papier… qu’il reste à décortiquer !

Entre Habit & Jekyll, un espace à prendre

Sur FullAttack, on était resté sur de très bonnes impressions à l’essai du Habit et de sa déclinaison Habit LT. La performance de la suspension faisait clairement partie des points forts : bel amorti, stabilité d’assiette marquée, sans surconsommer le débattement. Un vélo facile à cerner, cohérent, et surtout capable d’évoluer intelligemment entre version courte (habit) et plus généreuse (Habit LT). Au point qu’une question restait en suspens : qu’est-ce que ça donnerait avec encore plus de débattement ?

À l’autre extrémité du spectre, le Jekyll occupe depuis longtemps le terrain. Un “gros” Enduro, dernièrement marqué par son lien avec un prototype de Descente à double amortisseur, et aujourd’hui encore identifiable par son point de pivot haut. Un vélo radical, que l’on a également passé à l’essai, mais dont le positionnement le place clairement à part.

Entre les deux, il y avait donc comme un vide. Un sweet spot évident, que l’on aurait aimé voir Cannondale exploiter

Un vélo capable de reprendre la facilité et la lecture du Habit, tout en montant en puissance vers un usage Enduro moderne. Nous y voilà. Le discours de la marque est clair : le Bad Habit reprend l’ADN des Habit & Habit LT pour le pousser vers un vrai vélo d’Enduro performant. Reste à voir comment cela se traduit concrètement…

Pour la petite histoire, Cannondale avance une promesse assez précise : un vélo agile et ludique, qui récompense la précision et le choix de trajectoire par de la vitesse, tout en offrant un niveau de contrôle censé le rendre quasi inébranlable. Une recette qui n’est semble-t-il pas restée théorique, puisque c’est celle qu’a exploitée Ella Conolly pour remporter la Coupe du Monde EDR 2025 à son guidon. Reste à voir comment la marque s’y prend, dans les faits, pour composer ce nouveau venu, le Cannondale Bad Habit.

Le Cannondale Bad Habit, au premier regard…

Dès le premier regard, on sent le lien de patentée, et plus encore, vers quel parent le Bad Habit penche. Via la cinématique, on perçoit un 4 bar linkage avec amortisseur ancré au centre du triangle avant, dans la continuité des Habit / Habit LT. Pas de point de pivot haut ici, contrairement au Jekyll. Visuellement comme techniquement, le lien de parenté est clair : le Bad Habit s’inscrit dans cette lignée, plutôt que de basculer vers une architecture plus radicale.

Mais là où les Habit et Habit LT restaient fidèles au full 29 pouces, le Bad Habit fait un choix autrement plus structurant : le Mullet / MX, avec une roue arrière en 27,5 pouces uniquement. Ce n’est pas une option, ni une déclinaison : le vélo est pensé autour de cette configuration, avec l’idée d’aller chercher plus d’agilité et de liberté dans le placement de la roue arrière.

Pour situer le vélo, il faut aussi regarder du côté des débattements. Le Habit LT culminait à 140 mm arrière / 150 mm avant – avec une marge d’exploitation intéressante, mais quelques limites dès qu’on cherchait à pousser le curseur. Ici, le Bad Habit passe à 155 mm à l’arrière et 160 mm à l’avantUn cran au-dessus, donc, sans aller chercher les valeurs du Cannondale Jekyll, qui reste plus engagé avec ses 165 / 170 mm. Le positionnement se précise : un entre-deux assumé, mais orienté performance et agilité.

Côté design, les codes Cannondale sont bien présents. Douille de direction massivetube supérieur sloping qui compose avec la place laissée à la bonbonne d’amortisseur, tube oblique épais et coudé à l’approche du boîtierhaubans courbés à l’approche de la roue arrière… L’ensemble dégage une impression de densité et de structure, fidèle à ce que la marque propose ces dernières années.

Mais un détail attire particulièrement l’œil. Ces lignes qui relient le boîtier de pédalier à l’ancrage du basculeur supérieur, en contournant un tube de selle resté continu, donnent au vélo une signature propre. Un choix qui interpelle visuellement… et qui invite surtout à regarder de plus près la conception globale du châssis.

Lecture technique : ce que révèle la grille FullAttack

Pour aller plus loin que les premières impressions, on applique ici la grille d’analyse propre à FullAttack : cinématique, géométrie, rigidité/raideur, détails & finitions. Une manière de décortiquer le Cannondale Bad Habit point par point, et de voir ce qu’il raconte réellement une fois passé au crible.

Cinématique : la “réponse proportionnelle” en fil conducteur

Sur le Bad Habit, Cannondale poursuit une démarche qu’elle a engagée depuis plusieurs générations : adapter les caractéristiques de cinématique en fonction des tailles. Une approche que la marque regroupe sous l’appellation “réponse proportionnelle”, et qui dépasse le simple ajustement de géométrie.

Concrètement, Cannondale explique tenir compte du placement du centre de gravité du pilote, qui varie logiquement d’une taille à l’autre, pour adapter la position du point de pivot virtuel du système 4 bar linkage. Un choix loin d’être anodin, puisque c’est justement autour de ce point que le triangle avant – et donc le pilote – s’articule en dynamique.

Dans le détail, la marque reste relativement discrète sur les valeurs précises. Impossible, à ce stade, de savoir si l’anti-squat passe sous la barre des 100 %, comme c’était le cas sur les Habit / Habit LT. Une hypothèse crédible toutefois, au regard de ce que cela apporte : un pédalage assis très “posé”, capable d’absorber sans trop se figer.

En revanche, un chiffre est avancé : un anti-rise autour des 60 % au SAG. Une valeur qui s’inscrit dans la continuité de ce que proposaient les générations précédentes (52 % sur les Habit / Habit LT), et qui laisse envisager un comportement similaire : un freinage qui ne fige pas complètement la suspension, tout en conservant une certaine tenue d’assiette.

Géométrie : compacité maîtrisée

Dans la continuité de la réponse proportionnelle, certains choix de géométrie suivent naturellement. C’est notamment le cas de la longueur des bases, élément clé dès qu’il s’agit de répartition des masses et d’équilibre dynamique. Ici, on est sur 430 mm en S et M, 435 mm en L et XL. Dans les deux cas, c’est compact, et ça rappelle clairement le tempérament du Habit LT : un vélo joueur, facile à placer, sans excès d’inertie à l’arrière.

Pour parvenir à ce résultat tout en conservant une cinématique adaptée à chaque taille, Cannondale s’impose une contrainte supplémentaire : utiliser les mêmes bases quelle que soit la taille du vélo. Un choix qui permet de limiter le nombre de moules, mais qui demande de jouer ailleurs pour ajuster le comportement. C’est notamment l’ancrage des bases dans le triangle avant – spécifique à chaque taille – qui fait la différence. Un détail qui a aussi son importance en pratique : en SAV ou en remplacement, la longueur des bases ne serait pas un casse-tête.

Autre point intéressant dans cette lecture géométrique : le travail autour du tube de selle et de son angle effectif. Cannondale compose ici avec un angle réel plus couché, qui chemine entre les ancrages du basculeur et des bases, pour obtenir un angle effectif cohérent… tout en libérant de la place. Résultat : une insertion maximale pour les tiges de selle télescopiques longue course – 235 mm en S, 250 mm en M, 280 mm en L et XL. Le tout avec un diamètre de 34,9 mm, gage de rigidité et de fiabilité. Et quand on regarde les hauteurs de tube de selle (moins de 400 mm en S, 420 mm en L, à peine 455 mm en XL), on est clairement sur quelque chose de moderne, compact et orienté performance. On prend.

Pour le reste, le Cannondale Bad Habit s’inscrit dans les standards actuels, sans chercher à les pousser à l’extrême. 480 mm de reach en L, un angle de direction à 64°, un empattement de 1256 mm : des valeurs cohérentes, qui suggèrent un vélo stable mais encore maniable, loin des extrêmes du segment. Un autre chiffre mérite l’attention : le dégagement au-dessus du cadre, annoncé à 739 mm. Une donnée qui va dans le sens d’un vélo facile à bouger sous le pilote, avec de la place pour s’exprimer en dynamique, notamment dans les phases engagées et rythmées.

Enfin, côté ajustements, Cannondale intègre un jeu de direction spécifique signé Acros. D’origine, il est en , avec un large diamètre permettant le passage interne des gaines et durites – tout en laissant le choix. Mais surtout, il peut être remplacé par une version permettant de faire varier l’angle de direction de ±0,5°. Un détail qui vient compléter l’ensemble : sans révolutionner la géométrie, mais en offrant une marge d’adaptation intéressante.

Rigidité / raideur : une nuance par taille

Chez Cannondale, le travail du carbone ne date pas d’hier. Sur les précédents Cannondale Habit LT et Cannondale Jekyll, on était sur des châssis affichant une rigidité suffisamment élevée pour offrir précision et tenue, sans pour autant tomber dans le cliché de la “barre à mine” – en particulier sur le Habit LT. Au contraire, cette bonne tenue globale participait à repousser les limites de son programme initial, en donnant envie d’aller chercher plus loin.

Avec le Cannondale Bad Habit, difficile à ce stade de trancher sans passage terrain. Mais un point mérite d’être souligné : l’ajustement de la rigidité/raideur du châssis en fonction des tailles fait lui aussi partie intégrante de la “réponse proportionnelle” mise en avant par la marque. Autrement dit, le comportement structurel du vélo ne serait pas figé d’une taille à l’autre, mais adapté au gabarit du pilote.

Sur le papier, l’intention est intéressante – et cohérente avec le reste de la démarche. Reste maintenant à voir comment cela se traduit concrètement en dynamique, entre précision, tolérance et capacité à encaisser. C’est clairement un point que seul l’essai permettra de valider. On a hâte !

Détails & finitions : partis pris assumés

Dans le détail, le Cannondale Bad Habit montre une certaine cohérence… tout en laissant apparaître quelques choix intéressants. À commencer par la cinématique, compatible à la fois avec amortisseur à air et à ressort. En pratique, la marque ne propose que des montages à air, pour des raisons de production et de simplicité, mais précise que le fonctionnement avec un ressort est bien prévu – à condition d’opter pour un amortisseur avec un setting de compression interne plus élevé que celui retenu pour l’air.

Autre nouveauté marquante : l’arrivée de la “boîte à gants” intégrée dans le tube oblique. Déjà vue sur certains modèles route et gravel de la marque, elle fait ici sa première apparition sur un VTT de l’enseigne américaine. Un ajout pratique, qui s’inscrit dans les standards actuels, mais que Cannondale n’avait pas encore adopté sur ce segment.

Côté montage, on sent aussi une certaine liberté dans les choix opérés. Pas de copier-coller strict du mainstream, mais plutôt une sélection cohérente avec le programme du vélo. On retrouve ainsi des pneus Continental, devenus une référence ces dernières saisons, des roues Reserve bien connues sur FullAttack, ou encore des freins TRP, dont le potentiel ne fait plus vraiment débat. Mais c’est surtout du côté des suspensions que le parti pris interpelle : associer un amortisseur RockShox Vivid à gros volume avec la nouvelle Lyrik, jugée plus tolérante que la Zeb, plutôt que de chercher le combo le plus radical possible. Un choix qui en dit long sur l’équilibre recherché.

Enfin, un détail plus discret, mais révélateur : l’adoption des nouvelles transmissions SRAM avec une ligne de chaîne à 55 mm. Une valeur aujourd’hui standard… mais que Cannondale maîtrisait déjà depuis longtemps via son standard Ai. À l’époque, cette approche avait pu sembler à contre-courant. Près de dix ans plus tard, elle s’inscrit pleinement dans les pratiques actuelles. Comme un rappel que certaines idées mettent simplement plus de temps à s’imposer.

une promesse crédible, à valider sur le terrain

À ce stade, le Cannondale Bad Habit apparaît comme la pièce manquante entre les Habit / Habit LT et le Jekyll. Un vélo qui ne cherche pas à surjouer la radicalité, mais plutôt à capitaliser sur les qualités connues de la plateforme Habit – facilité, lecture, équilibre – en les poussant vers un usage plus engagé. Sur le papier, l’ensemble est cohérent : cinématique adaptée au pilote, géométrie compacte et moderne, montage réfléchi, et quelques choix techniques qui vont dans le bon sens.

L’Enduro n’est pas mort, et ce Bad Habit fait furieusement envie, sur le papier !

Après les bonnes impressions au guidon du Habit LT, on est en tout cas heureux de voir l’initiative prise par Cannondale avec le Bad Habit. L’Enduro n’est pas mort, et ce Bad Habit fait furieusement envie, sur le papier ! Reste maintenant à voir comment tout cela s’exprime sur le terrain. Plusieurs points attirent l’attention : le comportement de la suspension au pédalage et au freinage, à la lumière des valeurs avancées, l’impact réel du montage mullet sur la dynamique globale, ou encore l’équilibre entre rigidité et tolérance, dans cette logique de “réponse proportionnelle”. Sans oublier le choix des suspensions, avec ce combo Vivid / Lyrik qui pourrait bien définir le caractère du vélo. On en reparle bientôt 😉