Specialized Demo 11 : l’arme fatale enfin de série ?!

Après des années de rumeurs, de prototypes aperçus sous couverture et de développements au plus haut niveau avec Loïc Bruni, le nouveau Specialized Demo 11 se dévoile enfin dans sa version de série. Après avoir vêtu entre Freeride et Descente pendant des années, le dernier né est cette fois conçu comme une véritable arme de précision, incarnant sans détour la quête de performance pure à laquelle on l’associe forcément. Qu’apprend-t-on des choix qui le guident ? Et par là-même, du vélo utilisé par l’îcone de la french touch au plus haut niveau de la Descente VTT internationale ?! 

Du proto au vélo de série : la fin de l’attente

C’est très certainement le vélo le plus attendu du petit monde de la Descente VTT ces derniers temps, et pour cause. Pour la grande histoire, le Specialized Demo 11, c’est la version finale ou du moins, de série, du fameux vélo qu’utilise Loïc Bruni ces dernières années. Mieux, c’est sur l’un de ses premiers prototypes que l’icône française a remporté le titre mondial aux Gets, devant une foule en délire, en 2022. Et depuis, les versions se sont succédé, alimentant les potins et rumeurs en tout genre. On retient bien sûr la construction en tube carbone raccordés/collés, assemblée au QG de la marque pour les premiers exemplaires. On retient ensuite les housses et autres capots qui ont recouvert la partie centrale du châssis, alimentant les spéculations autour de la cinématique, de la transmission et des suspensions électroniques Öhlins – ces dernières participant largement au mythe…

Bref, jusqu’ici, le nouveau Demo n’a eu de cesse d’attirer l’œil et d’évoluer sous ceux les plus curieux, se parant, courses après courses, d’éléments ressemblant de plus en plus à une version proche de la série : transmission, cinématique, bras arrière, triangle avant… Un intérêt d’autant plus important que quelques lignes du règlement UCI stipulent que les produits utilisés en compétition doivent avoir vocation à être commercialisés… La question était donc « quand » et « comment », tout autant que ce que l’on finirait par apprendre de la monture développée par et pour Loïc Bruni. L’heure est venue…

Un héritage assumé : ce que change (vraiment) le Demo 11

Pour saisir les axes de développement du Specialized Demo 11, il faut d’abord avoir en tête l’interprétation faite du précédent par la marque. Le Demo 10 ? Un vélo conçu pour encaisser les plus gros impacts sans se dérober. Un mérite qu’on peut lui prêter puisque Loïc a gagné à son guidon – tout comme Jordan Williams dès sa première Coupe du Monde Élite – avant d’enfourcher le prototype dont il est question depuis le début de cet article.

Et quand on se souvient de l’architecture particulière du Demo 10 et son “presque double bras arrière”, on ne peut s’empêcher de penser que l’une des intentions premières du Specialized Demo 11 en est héritée :

« une maîtrise totale à la limite grâce à un châssis qui reste stable sous charge maximale »

Oui, mais comment ?! C’est en se plongeant dans la conception du châssis qu’une partie de la réponse semble se trouver. Notamment en saisissant l’ensemble structurel formé par le bras arrière et le triangle avant du Specialized Demo 11 : un bras massif, que l’on s’est parfois étonné de voir accompagné de haubans et de leur biellette haute, tant les bases pouvaient paraître se suffire à elles-mêmes.

Ce serait sans compter sur le fait que pour articuler le mouvement de la roue arrière, le Specialized Demo 11 reste fidèle à l’héritage de la marque : un 4-bars, longtemps propriété intellectuelle de Specialized sous le nom FSR. Mais l’air de rien, on vient de poser plusieurs bases importantes qui ouvrent à davantage de précisions.

Transmission à double chaîne : pourquoi et comment ?

D’un point de vue structurel d’abord, la liaison triangle avant / bras arrière mérite de souligner son caractère périmétrique au pied du puits de selle. Là, le cadre transforme le pied du tube oblique en deux parois massives qui viennent englober l’amortisseur, le basculeur, l’articulation avec le bras arrière, et la transmission.

La suite justement, se conçoit en relation avec les choix précis autour de cette transmission à double chaîne. On connaît désormais le fin mot de l’histoire : une chaîne primaire, ses pignons et un tendeur logés dans le carter. Pas de boite de vitesse donc, le bras arrière passe de toute façon au milieu de tout ça…

Mais à quoi bon cette double transmission déjà vue chez Pivot notamment ? En déportant plus haut la chaîne principale – celle qui entraîne la roue arrière – deux effets sont recherchés :

  • le recul de la roue arrière à l’impact
  • une maîtrise fine de l’effet de chaîne / du kick-back, propre aux architectures à pivot haut

On note au passage le passage de chaîne principale sur l’axe de pédalier, faisant office de guide naturel, ainsi que l’usage d’un plateau extérieur, qui sembler laisser la possibilité d’ajuster son diamètre. D’un point de vue purement cinématique, pas étonnant de retrouver une trajectoire de roue arrière spécifique, directement liée à ces choix.

Cinématique en détail : les courbes dispos…

Une dizaine de millimètres gagnés en début de course, pour avaler le terrain, avant un retour vers l’avant destiné à redonner du peps une fois les impacts encaissés, telles sont les impressions que donnent la trajectoire de roue arrière au cours du débattement.

À côté, la marque met en avant la courbe de ratio, révélatrice des choix opérés via le basculeur à tirage. Ce que l’on retient :

  • un début de course relativement plat, avec un ratio élevé
  • puis une progressivité marquée en seconde partie

Résultat ? Un vélo qui semble travailler volontiers après le SAG, impression que certains ont déjà pu observer sur le vélo de Loïc Bruni, par ailleurs souvent chargé en compression pour pousser fort et encaisser là où ça le mérite…

Au delà de ces courbes, notons que cette cinématique à tirant n’est pas sans rappeler une lignée d’autres vélos mythiques de l’histoire de la descente : Radical, Ancilloti, pour ne citer qu’eux… Mais on retiendra ici l’opportunité d’ajustement de la hauteur de boitier via flip-chip que le raccord tirant/basculeur permet. Un côte qui a tout son intérêt puisqu’en même temps, la double transmission du Specialized Demo 11 lui permet de gagner 30mm de garde au sol versus le précédent. Quand on se souvient que Loic Bruni n’a pas toujours été étranger au fait de heurter le sol avec ses plateaux, et qu’on vient de le dire, son vélo semble parfois réglé proche du plancher des vaches, on retient l’information – complétée par l’ajusteur de reach présent pour peaufiner le trait en matière de géométrie.

Un seul objectif : aller plus vite partout

Dans tous les cas, ces choix de châssis, transmission et cinématique sont à mettre en regard des objectifs annoncés par la marque. Si les précédents Demo pouvaient encore paraître à mi-chemin entre Descente et Freeride, le Specialized Demo 11 affiche clairement son intention :

« Le vélo de descente [Specialized] le plus rapide jamais conçu […] Chaque décision prise autour du Demo 11 poursuit un objectif unique : aller plus vite partout, grâce au contrôle, à la prévisibilité et à la confiance […] »

Un avion de chasse, qui se mérite, en somme. Un de ces vélos qui rejoint la lignée des modèles d’exception Specialized : ceux où le marquage S-Works remplace le nom de la marque sur le tube oblique. De série, le Specialized Demo 11 est donc proposé, pour l’heure, de la sorte :

  • en vélo complet (SRAM / RockShox DH) – 12 499 €
  • en kit cadre – 7 499 €, équipé du Vivid Coil dernière génération

Deux coloris : Charcoal/Dolomite & Indigo,et surtout trois tailles, avec une évolution dans l’air du temps des vélos longer/lower/slacker :

  • disparition de la S2
  • apparition de la S5

À titre de repère de base, le S3 s’adresse aux pilotes entre 1,67 et 1,80m / le S4 aux athlètes de 1,75 à 1,88m / le S5 au gabarits de 1,85 à 2,05m. Les détails utiles dans les quelques images que voici…