Bouquet final – Chapitre 4 des EWS « en mode privé »

Ça y est, plusieurs mois se sont écoulés depuis la finale de la saison EWS 2021 en Écosse, et à la suite d’une coupure hivernale bien méritée après cette saison intense, il est temps pour moi de revenir sur cette magnifique fin de championnat que l’on a vécue. Et vous allez voir que cette fois le comité EWS n’a pas déçu, bien au contraire ! Chapitre final d' »En mode privé » à propos de la/ma saison 2021…

Crans Montana : Full Gaz

Après Loudenvielle on se retrouve encore dans un lieu inédit, en Suisse, que j’attendais avec impatience tellement j’en avais entendu du bien. Petite incompréhension à notre arrivée sur la disposition des paddocks, celui des amateurs s’est retrouvé à 10 minutes de vélo de celui pro, ce qui n’est pas très fair-play en cas de casse pendant la course. Malgré ça, l’endroit donne envie et on avait tous hâte de poser nos crampons dans ces montagnes !

En aparté : Différence paddock pro et paddock amateur

L’organisation EWS propose une place dans le paddock pro pour un montant donné à l’année, en échange c’est l’assurance pour le team qui met ce budget d’avoir une meilleure place, un paddock goudronné vs un paddock en herbe par exemple. C’est très courant dans le sport et c’est un bon moyen de permettre à l’organisation de gagner un peu d’argent, car il faut bien être capable de payer tous les acteurs professionnels qui entrent en jeu dans l’organisation d’un tel événement. Et généralement ça ne désavantage pas vraiment les concurrents du paddock amateur, c’est pourquoi on a été un peu surpris de cette disposition.

Cette fois nous en avons fini des doubles manches et nous allons rouler notre première simple manche, ce qui est moins lourd en termes d’organisation puisque ça demande une durée plus courte sur place. Ceci combiné au prix des logements en Suisse et je décide avec mes deux acolytes de toujours Antonio Dieu et Clément Magnea, de ne pas prendre de logement et de dormir sur le paddock dans nos camions. Décision très intelligente au vu de la pluie annoncée toutes les fin de journées/nuits. 

Pour les premiers tours de roues, je crois qu’on a tous été un peu surpris, c’était rapide, défoncé, avec pas mal de sauts, c’était très DH, mis à part une spéciale dans la terre fraiche, qui sera la seule spéciale du week-end dont la liaison se fera à la pédale mais ça valait vraiment la peine! Ces pistes surprenantes ont eu pour effet de produire pas mal de casse et on a vu les hélicos faire beaucoup d’aller retour pour évacuer des blessés, un peu flippant pour commencer le weekend, mais ça permet de rappeler que ça fait parti du sport et qu’il va falloir faire une course intelligente. C’est aussi là qu’on voit à quel point les tops pilotes sont capables de s’adapter vite au changement et de rouler très vite sur des pistes très engagées sans prendre plus de risque que d’habitude.

Il a aussi fallu s’adapter au changement de rythme dans les spéciales avec des passages à fond et des virages plutôt serrés où la vitesse était bien réduite.

Finalement une fois dans la course et les marques prises sur les spéciales de Crans, ce fut une belle course, qui m’a permis de me sortir un peu les doigt comme on dit et de reprendre encore un peu plus de confiance après ma blessure même si j’étais encore loin du rythme que j’avais à La Thuile. Je tiens à souligner la très belle 6ème place de Clément Magnea pour sa première saison en Master, il concrétise enfin les belles choses qu’il avait pu montrer sur les manches Italienne mais qui ont été entachées par des problèmes mécaniques. Quant à Camille Servant il n’a pas trainé à retrouver un gros rythme puisque notre sanglier préféré décroche à Crans une belle 35ème place en élite après une course solide et intelligente.

© Xavier Ligonnet

Finale Ligure : Fidèle à sa réputation

Moins d’une semaine après la manche suisse nous avions rendez-vous en Italie pour une des destinations les plus classiques du calendrier EWS: Finale Ligure. Certainement la manche que j’attendais le moins car ce n’est pas vraiment le type de spéciales que j’apprécie mais aussi car je savais que ça allait être un gros morceau physique! Au programme la pro stage la plus courte de l’année avant la journée la plus longue de l’année avec environ 60km pour 1800 de d+. Je savais que finir serait compliqué et c’était vraiment l’objectif du weekend. 

Au moment de récupérer nos plaques, on apprendra au cours d’une discussion avec des membres du staff EWS que la course en Ecosse va bien avoir lieu et que les pilotes non vaccinés auront une dérogation, je pense qu’on peut féliciter le comité qui s’est vraiment démené pour que tout le monde puisse aller à la dernière manche de l’année. On apprendra également qu’ils pensaient vraiment que la moitié des manches de l’année allaient être annulées à cause de la situation sanitaire et qu’ils se sont retrouvés débordés, ce qui peut peut-être expliquer les quelques ratés durant la saison, on verra ce qu’il en est l’année prochaine, mais j’ai bon espoir que l’on retrouve un peu ce qui a manqué cette année

Après une belle journée de reco en navette sous la chaleur italienne, tous mes pressentiments étaient confirmés, les spéciales allaient être monotone et pas vraiment fun pour moi, encore une fois ce n’est qu’un avis personnel et la majorité des gens adorent rouler à Finale.

La journée de course aura été aussi dure qu’attendue, après une première liaison de 20km et 1000m de d+, j’ai déjà 15 minutes de retard au départ de la première spéciale. Ce qui fait que je me retrouve au milieu de pilotes bien plus rapides que moi et je commence déjà à accuser le coup physiquement, c’est donc un peu double peine. Je suis quand même remonté pour prendre le départ de la deuxième spéciale, où j’arrive encore un peu plus en retard et me retrouve au milieu de pilotes encore plus rapides, la fatigue et le retard accumulés font que ça devient dangereux de continuer et je sais que ce sera vraiment difficile de finir, je préfère donc prendre la décision d’arrêter là pour ne pas prendre le risque de me cramer ou de me blesser et de mettre toutes les chances de mon côté pour profiter pleinement de la finale en Écosse.

Tweed Valley : Un goût de perfection ?

La course la plus attendue de cette saison pour moi, celle qui allait marquer un peu plus cette aventure en lui donnant un plus grand goût de voyage ! Bien-sûr toute cette saison était incroyable, mais pouvoir voyager dans un endroit où je ne suis jamais allé et qui dans mon imaginaire paraît plus loin, plus exotique, j’en étais forcément impatient ! On a eu beaucoup de doutes et de mauvaises informations sur le maintien ou non de cette épreuve, mais finalement le comité EWS à travaillé dur avec le gouvernement Écossais pour nous permettre à tous de rouler dans les meilleures conditions. La lourdeur administrative mise en place pouvait faire peur à première vue, mais au final comme souvent dans ce contexte, c’était juste pour essayer de nous dissuader et nous n’avons jamais rencontré de problème pour nous rendre sur place une fois tous les documents remplis.

Le choix d’aventure

Avant même de partir il a fallu choisir, avion ou voiture, simplicité ou découverte, 2h ou 18h de trajet. D’un côté l’avion avec un temps de transport réduit, moins de fatigue mais aussi moins de matériel possible et moins de découverte. De l’autre la voiture avec une longue route, un pays à traverser en roulant à gauche, forcément plus de fatigue, mais aussi tout mon matériel habituel et le plaisir de découvrir en plus grande partie le Royaume Uni. Forcément après les courses précédentes j’avais accumulé un peu de fatigue et l’envie de simplicité a pu me tenter, mais je n’allais pas me priver de vivre ce beau voyage à fond juste pour éviter quelques heures de route. 

C’est parti !

Une semaine avant la course, le dimanche, le camion est chargé, prêt pour cette dernière course de l’année ! La première étape du voyage n’est pas la plus drôle, traverser la France direction Calais pour embarquer dans le train qui me fera traverser la Manche. Après une bonne journée de route, me voilà arriver au bord de cette dernière, prêt à passer une nuit 5 étoiles avant d’embarquer le lendemain matin.



Après une bonne nuit de sommeil et un petit déjeuner bien local, me voilà reparti pour mon dernier bout de route. Après de centaines de km de plat, enfin semble se dessiner du dénivelé au loin, pas manqué j’étais proche de l’Écosse et le paysage commençait à devenir vraiment différent, que j’ai trouvé vraiment beau, peut-être parce que ce n’était pas sans me rappeler l’Auvergne que j’aime tant.

Innerleithen

Une fois arrivé sur place, quelques heures plus tard, je retrouve mes amis Antonio et Beth avec qui je vais partager le logement et le séjour. On prend nos marques, on découvre le paddock et on repère le meilleur restaurant du village.

On profite des jours qui précèdent la course pour aller marcher un peu les spéciales, afin de savoir à quoi nous attendre, mais aussi pour faire quelques achats, comme un pantalon étanche, qui s’avérera bien utile. Rapidement, on remarque à quel point le village est tourné vers le vélo, à peine 2500 habitants et 4 ou 5 bike shop, un service de navette, une organisation pour l’entretien des trails. Toute cette émulation autour du vélo nous rappelle une petite station canadienne au doux nom de Whistler, oui, rien que ça..

Le village d’Inerleithen

La course

Pour la première fois de la saison, nous avons fait les recos et la course 100% à la pédale, du bon enduro comme on l’aime ! 40km, 1 700m de d+ à parcourir deux fois avec une journée pour la pro stage (7km et 350 de d+)  entre la journée de reco et celle de course. Un peu moins de D+ pour les recos pour quelques pilotes dont je fais partie qui sont arrivés en retard pour une spéciale et en écosse quand c’est plus l’heure c’est plus l’heure ! C’était donc la première fois que j’allais faire une spéciale d’une course EWS à vue, intéressant de voir la différence au chrono avec les autres spéciales, même si j’aurais préféré l’avoir reconnu, on peut toujours trouver du positif. 

Pour ce qui est de la course, je pense que je vais manquer de mots, tellement tout semblait parfait.. Les trails étaient extrêmement bien préparés, variés et jamais dans des extrêmes comme on avait pu le vivre sur d’autres manches, en somme c’était le mix parfait qui fait que l’on aime tant l’enduro à mon sens, du physique, du technique, du rapide, du plus lent, du flow et surtout un maximum de plaisir. Je pense qu’en terme de vitesse ça aura été une des courses où j’ai été le plus lent et pourtant c’est vraiment la course où j’ai pris le plus de plaisir et au final à mon niveau c’est vraiment ce qui m’importe le plus, quitter le casque avec le sourire !

Et le public ! On en parle du public ? Sérieusement, je n’ai jamais vu ça, j’ai pourtant fait quelques bonnes dizaines de courses dans mes cinq années de vélo et vraiment c’était une ambiance particulière. Surtout qu’en France on est habitué à avoir un bon public au bord des spéciales, mais les Écossais sont un cran au-dessus il faut bien le reconnaître. Je n’ai jamais vu autant de monde dans les bois, on s’est même demandé d’où pouvait sortir tout ce monde ! À tel point que lors de la course pendant une liaison on s’est retrouvé à slalomer entre les spectateurs qui changeaient de spéciale sur un grand chemin 4×4, à la limite du bouchon. Et je peux vous garantir qu’ils n’hésitent pas à donner de la voix !

Un mini Whistler ?!

Cette dernière semaine nous a confirmé cette impression de mini Whistler concernant la Tweed Valley. Après avoir échangé avec les locaux, ils nous ont confirmés qu’il y a 5 ans le village ne vivait pas vraiment et que le vélo l’a fait renaître et que tout le monde y met du sien pour que ça perdure. Donc si vous avez envie de vous faire un beau trip de vélo, pour un budget plus accessible que le Canada, vous savez où aller ! 

Déjà la fin ?

Après une petite semaine de tourisme, un peu de vélo et une incontournable visite d’une distillerie de Whisky, il était déjà tant de rentrer.  La route retour était tout aussi belle que la route aller mais forcément moins appréciée puisqu’elle marquait la fin de saison. De mon côté j’aurais fait de mon mieux avec ma forme et mon pilotage du moment pour essayer de marquer quelques points et rester en élite, mais ça n’aura pas suffit, le niveau est vraiment haut et il faut aller plus vite que ce dont j’ai été capable cette année. L’année prochaine je serais donc de nouveau en EWS 100, mais ce n’est pas ça qui m’empêchera de profiter d’encore au moins une belle année de vélo ! Faites-moi savoir en commentaire si vous avez envie de lire quelques articles des plus beaux voyages qui sont au programme pour cette saison 2022, avec notamment le retour de whistler !

Nos privateers ont du talent !

À travers ces articles vous avez pu suivre mon parcours de privateer qui est là pour vivre une aventure mais sans prétentions de résultats. Ce que j’aimerais souligner dans ces quelques lignes, c’est qu’en France et Enduro en général, il y a des personnes qui bossent la semaine et qui sont capables de rivaliser avec les meilleurs pilotes mondiaux le week-end et dont on ne parle pas assez souvent. Je pense à notamment : 

  • Irénée Menjou, aux efforts récompensés puisque il intègre le team Sunn pour 2022.
  • Baptiste Gaillot, Camille Servant, Clément Benoit, Maxime Ciriego, Ambroise Hebert, Théo Daumas, Thomas Escudier, Glenn Macarthur, Quentin Arnaud, Lucas Frigout, Axel Fresquet, Arnaud Garanger.
  • Une pensée également pour mes potes Antonio Dieu et Clément Magnea qui eux aussi faisaient eux aussi leur premiers pas en élite cette année et qui ont tous les deux fait de belles performances.

Si certains de ces noms vous sont inconnus, je vous invite à aller jeter un œil à leur réseaux sociaux, ils sont impressionnants de détermination, d’envie et d’amour pour ce sport chacun à leur manière. Désolé si j’en ai oublié.

Remerciements

Je tiens à remercier la rédac de Full Attack qui m’a permis de réaliser cette série d’articles dans laquelle j’ai pu vous partager comment on peut vivre ces courses incroyables sans être un pilote d’exception avec pour seul but de se faire plaisir. Je tiens à remercier Ulysse Daessle de chez Met/Bluegrass pour le projet réalisé à Canazei, projet qui m’a permis de vivre une course différente, de tester tout une gamme de produits qui font maintenant partie de mon équipement. Je tiens à remercier Romain Blanchon qui m’accompagne depuis de nombreuses années dans mes projets sportifs et qui a réalisé les photos de l’article de présentation du projet. Enfin je tiens surtout à vous remercier vous qui avez pris le temps de lire ces récits de courses et j’espère vous avoir transmis un peu de ma passion et pourquoi pas vous avoir donné envie de vous inscrire à votre première EWS. Tout cela mis bout à bout m’a permis de vivre une très belle saison de laquelle je garde des souvenirs pour la vie.

Cédric