Entre blessure et rencontres, chapitre 3 des EWS « en mode privé » !

Certains s’achètent une maison ou investissent à cet âge. Cédric, lui, a choisi de vivre sa passion sur les Enduro World Series. En mode privé donc, sur ses propres deniers. Après avoir marqué suffisamment de points chez les amateurs, le voilà, cette saison, qualifié pour les courses élites. Une expérience qu’il nous raconte volontiers et via laquelle, cette fois-ci à Loudenvielle pour les manches françaises, il partage l’épreuve de la blessure, un moment toujours fort et particulier dans une saison sportive… Qui d’une autre belle manière, amène une fois de plus à faire de bonnes rencontres. Voyez plutôt !

Cocorico !

Deux mois sans course EWS durant l’été, une pause bien méritée après les deux premières doubles manches italiennes intensives. Moment idéal pour profiter des remontées mécaniques afin d’essayer d’aller un peu plus vite pour le dernier bloc de la saison en septembre. En parlant de ce dernier bloc, nous y sommes, 4 courses, 4 pays en 5 semaines. Et pour la première on se retrouve en France, dans les Pyrénées à Loudenvielle, spot devenu incontournable de notre circuit national et qui accueille pour la première fois de son histoire une manche de coupe du monde.

Roulera, roulera pas ?

Le problème pour moi, c’est que deux semaines avant la reprise des courses, je me suis légèrement blessé à l’épaule lors d’une session à Morgins. La kiné et le médecin n’étaient pas vraiment favorables au fait que je roule sur cette course. Il semblait plus intelligent d’attendre encore un peu, seulement rouler tranquille en attendant. Je n’avais pas envie de vivre la reprise seul chez moi, j’ai donc décidé de me rendre sur place pour encourager les copains et faire une partie des recos sans prendre de risque, pour voir ce que ça donne. Pour être sûr de ne pas être tenté de faire la course, je suis parti sans pièce de rechange, sans tenue de pluie, mais tout de même avec un pneu arrière neuf d’avance (esprit de contradiction bonjour).

Une équipe motivée et dynamique

Depuis 2018, année de la première Coupe de France à Loudenvielle, le groupe de bénévoles emmené par Ludovic Henry (le papa de la jeune et prometteuse Justine, 8ème mondiale au terme la saison 2021 en U21) n’a cessé de progresser. Se lancer dans l’organisation d’une manche de coupe du monde pour cette année était un projet ambitieux mais avec l’expérience acquise au cours des dernières années je n’avais aucun doute sur la qualité du programme qui allait nous être proposé !

Une fois de plus, le comité EWS déçoit…

À Loudenvielle nous avions à faire à la dernière double manche de l’année. Avec un mix de remontées mécaniques et pédalage, la spéciale à laquelle nous accédions en pédalant étant différente pour chacune des deux manches et le reste étant commun avec quelques modifications cependant. J’ai trouvé ça cool d’avoir enfin une course avec un peu plus de différences que pour les deux premières. Là où c’est décevant c’est d’avoir une équipe locale de bénévoles surmotivés, bridés par l’organisation ! 

En effet, il s’est murmuré dans le paddock que le programme de base était de faire deux courses distinctes, chose qui était réclamée par les pilotes après le début de saison et qui est un peu l’essence de l’Enduro, de ne pas rouler sûr les mêmes pistes. Projet vite anéanti par le comité EWS qui avait décidé que dans le programme il n’y avait pas de place pour refaire des recos.. Bien dommage ! Et je crois que les pilotes en majorité espèrent la disparition de ce format double manche ou alors de faire vraiment deux courses distinctes au même endroit car là on perd un peu l’esprit de l’Enduro.. 

Il faut bien prendre en compte que le contexte de cette année n’a pas été simple à gérer pour eux non plus donc je pense qu’il faut attendre l’année prochaine pour voir s’il s’agit vraiment d’un tournant dans notre sport où si c’était seulement le contexte qui a contraint à ces choix.

Manche 1…

Mercredi matin je décide de partir faire les recos avec mes potes dans le but de tester mon épaule. Dès la première spéciale je sens qu’elle est trop faible pour rouler en course, les gros trous au freinage au bout d’une ligne droite d’où l’on arrive à 70km/h, me confirmeront que ça ne vaut pas le coup de rouler pour la course. J’arrête les recos à mi-journée pour ne pas prendre le risque de trop fatiguer mon épaule et je me rends utile en faisant la navette aux copains pour aller repérer la spéciale sans remontées mécaniques.

Le jour de la course je décide donc de profiter d’être sur place pour encourager mes potes mais aussi pour voir la course de l’extérieur ce qui est une bonne occasion d’apprendre des meilleurs. Quoi de mieux que de passer la journée avec Camille Servant, blessé aux recos de la veille sur une chute assez violente, pour être sûr de ne pas s’ennuyer ! Même si c’est sûr j’aurais préféré le voir de l’autre côté des banderoles. Peu de pluie et une belle journée, très intéressant de voir la course de l’extérieur, de voir la piste évoluer et les pilotes s’adapter.

Une aide inattendue

Lorsque j’ai rejoint Camille Servant jeudi matin pour aller voir la course, il était chez les kinés, parce que oui, dans les Pyrénées, les organisateurs ne font pas les choses à moitié et on a eu le droit à un stand de récupération et de soin entièrement GRATUIT à la disposition des pilotes tout le week-end. Il a donc pu optimiser sa récupération dans l’espoir de pouvoir rouler pour la deuxième manche.

J’ai donc pu profiter aussi de tout le matériel de récupération mis à disposition, bien que je n’étais pas trop fatigué de ma demi reco de la veille. Le point très intéressant c’est qu’en discutant avec le kiné il m’affirme qu’avec quelques soins et en la strappant, il n’y aurait pas de problème pour que je roule lors de la deuxième manche. Intrigué par l’assurance du kiné, je lui fais totalement confiance, il me soigne deux jours de suite, puis me strappe dans le but de faire un test sur la pro stage et voir si c’est bon pour rouler pour la deuxième manche.

Les spéciales

Les deux courses reprennent donc le même format, 4 spéciales côté Peyragudes avec les liaisons majoritairement avec l’aide des remontées mécaniques et une spéciale à la pédale (800 mètres de dénivelé positif pour la première manche et 500 pour la deuxième).

  • Spéciale 1 : Je pense qu’on peut dire que c’est la spéciale française typique, des virages dans l’herbe sur le haut, une belle relance au milieu et une fin dans les bois avec quelques épingles, des racines et de la terre meuble.
  • Spéciale 2 : Dans la pente, les racines et la terre mais qui a pu se révéler piégeuse avec la pluie.
  • Spéciale 3 : Piste permanente de bike park typique, shapé presque tout le long, de grand virage relevé, pas de gros pédalage mais qui relance tout le long avec une fin dans l’herbe avec des dévers.
  • Spéciale 4 : Très physique, elle sera plus courte pour la deuxième manche. Pédalage plus au moins tout le long avec une fin avec un peu de pente et quelques virages sympas. Une petite incompréhension pour moi sur une grosse partie de la spéciale qui était pédalage à plat, virage à 180 puis de nouveau pédalage à plat, j’ai eu l’impression que c’était un parcours de XC, mais ce sentiment est très personnel et n’a pas été partagé par tout le monde.
  • Spéciale 5 : La spéciale différente pour chaque course. Celle choisie pour la première manche est un bijou, de la terre meuble, des racines, de la pente, relativement varié et avec un bon pédalage avant de finir par plonger pour arriver au niveau du lac (qui sera malheureusement annulé à cause des conditions météorologiques). Celle choisie pour la deuxième manche est très belle aussi, rapide avec un début découvert et une fin dans les bois, cette dernière sera à parcourir deux fois puisque ce sera aussi la Pro Stage.

Manche 2 !

Je pars donc pour la reco de la pro stage avec l’épaule solidement strappée, un vélo plus ou moins préparé puisque je n’avais pas prévu de rouler, mais impatient de voir si les sensations seront là. En m’élançant dans la reco je déjante au premier virage, sûrement l’excitation…

Une fois le pneu remis en place et après quelques virages seulement, je le sens, l’épaule tiens, je n’ai pas mal, je vais pouvoir rouler! Je ne suis pas capable de forcer sur mon épaule, mais quel plaisir de pouvoir reprendre des sensations et faire du vélo dans ce cadre magnifique! Je vais assurer toute la course tout en prenant du plaisir, malgré mon manque de vitesse et de confiance, avec moins de participants je vais même pouvoir marquer mes premiers points. Pas ma meilleure performance en terme de vitesse, mais tout de même une satisfaction d’avoir pu remonter sur mon vélo et reprendre quelques sensations. 

Je tiens à souligner la performance de mon ami Antonio Dieu qui signera à Loudenvielle sa plus belle performance de l’année en terminant 74ème de la première manche et 84ème pour la deuxième ! Lui qui est comme moi un rookie et qui en a surpris plus d’un. On notera aussi la performance de Camille Servant qui est passé de l’incapacité de rouler en manche 1, à une 42ème place pour la manche 2 ! Je tiens à remercier également Sport Pro Santé pour les soins sur mon épaule et d’avoir pris le temps de me strapper chaque matin de course, sans ça je n’aurais pas pu prendre le départ.

Le budget

Manche française ne rime pas forcément avec petit budget. L’inscription était ici la plus chère de l’année et la localisation excentrée du lieu de course fait pour beaucoup fortement monter le coût de transport, mais bon, rouler dans un cadre aussi magnifique ça se mérite et si l’on peut se le permettre en terme de budget c’est sûr que l’on en aura pour notre argent. 

Je me permets d’ailleurs de vous informer que la vallée du Louron est vraiment très active sur le développement du VTT et qu’il y plein d’initiatives de différents acteurs qui permettent de rouler une bonne partie de l’année. De plus les élus sont totalement pour le vélo, ce qui facilite les choses, je vous invite donc vraiment à aller découvrir ça par vous même, vous avez même la possibilité de refaire les spéciales des EWS avec Pyrénées Bike Camp (sûrement avec d’autres acteurs aussi, mais je ne connais qu’eux).

Revenons-en au budget! 

  • Inscription : 400€
  • Péages : 110€
  • Gasoil : 140€
  • Logement : 150€
  • Nourriture : 100€
  • Un pneu arrière : 60€
  • Total : 960€

La suite arrive très vite !

Encore un beau weekend de course, la dernière double manche de l’année, prochaine étape la Suisse avec là aussi une nouvelle destination au calendrier: Crans Montana. Moins d’une semaine pour trouver le temps de rentrer, préparer à nouveau les affaires, travailler et repartir. C’est intense mais au moins on ne s’ennuie pas dans le team des pilotes privés  !