Des lancements de nouveaux vélos, le marché nous en sature toutes les semaines, à grands coups de communiqués de presse standardisés et de superlatifs marketing. Chez FullAttack, vous le savez, nous ne sommes pas le relais passif des press kits. Si nous décidons aujourd’hui de nous arrêter sur le cas du tout nouveau Mondraker Anark, c’est qu’il y a un vrai sujet de fond à décrypter. À une époque où le marché ne jure que par l’assistance électrique ou la performance pure chronométrée en Enduro, la marque espagnole prend le contre-pied en relançant un monstre de freeride 100 % musculaire. Nous avons voulu poser les fiches techniques pour pousser l’analyse un peu plus loin que la simple annonce banale. Sur le papier, ce châssis de 180 mm de débattement affiche des choix industriels particulièrement couillus et intelligents. En attendant de vérifier sur le terrain, voici pourquoi cette nouveauté mérite qu’on s’y intéresse vraiment.
On ne va pas se mentir : voir débarquer au catalogue un tout nouveau modèle de gros vélo de freeride, en aluminium, sans batterie et sans moteur, ça fait un bien fou. Alors que le marché de l’enduro s’est rationalisé autour de la performance pure, Mondraker fait le choix de la passion et relance une machine pensée pour le plaisir brut, les bike parks et les sessions engagées.
Mais derrière ses airs de gros bras taillé pour les party laps, ce vélo cache une finesse stratégique et technique particulièrement intéressante.
Le chaînon manquant de la gamme espagnole
Jusqu’ici, pour rouler « gros » chez Mondraker, le choix était binaire. Soit vous optiez pour le Foxy, une machine d’enduro formidable mais très typée compétition et parfois exigeante. Soit vous passiez directement au Summum, le monstre de DH, exclusif et élitiste par définition.
L’Anark vient combler ce vide de manière magistrale. Avec 180 mm de débattement à l’avant et 170 mm à l’arrière, monté d’origine en configuration Mullet (29″ devant, 27,5″ derrière), le décor est planté. Ce n’est pas un vélo conçu pour chasser le chronomètre en montée, c’est un outil développé pour engager, sauter, et virer court.
La géométrie reste fidèle à l’ADN de la marque (Forward Geometry) mais s’adapte idéalement au programme. Décliné en 5 tailles (du S au XL, incluant une taille ML très pertinente), le châssis intègre un Flip-Chip sur l’ancrage de l’amortisseur pour basculer d’une géométrie standard (angle de direction à 63,5°) à une position basse encore plus couchée (63,15°) pour le très raide. Mondraker a même pensé aux détails pratiques avec une protection spécifique sous le tube diagonal, indispensable pour éviter les frictions sur les ridelles de Pick-up lors des sessions navettes.
Cinématique & Courbe de ratio : Taillée pour le ressort
Au premier coup d’œil, impossible de se tromper sur la filiation de ce châssis. Visuellement et techniquement, ce modèle s’inscrit dans la digne lignée d’une marque qui a toujours cherché à bousculer les codes. Fondée en 2001, Mondraker Bicycle Company est née avec une mission claire : être pionnière dans l’univers du VTT. Une philosophie qui se matérialise ici à travers les deux piliers techniques historiques de la marque espagnole.
On retrouve bien évidemment la fameuse identité dynamique maison, héritière directe de la révolution géométrique initiée avec le concept Forward Geometry. Sur le terrain, cela se traduit par ce tube supérieur étiré et cette potence ultra-courte qui ont redéfini les standards modernes de stabilité et de centrage des masses.
Côté cinématique, la marque fait une nouvelle fois confiance à son architecture fétiche pour assurer la motricité et le grip : le Zero Suspension System breveté. Ce système à point de pivot virtuel, qui comprime l’amortisseur par ses deux extrémités, est pensé pour offrir un pilotage plus fluide en isolant les forces de pédalage et de freinage du travail de la suspension.
Loin d’être de simples arguments marketing, ces choix rappellent que Mondraker repousse sans cesse les limites du design, de la performance et de l’innovation pour créer des vélos qui élèvent l’expérience du rider sur les sentiers. C’est d’autant plus remarquable que l’entreprise reste aujourd’hui encore indépendante, avec le design, le développement et l’assemblage final réalisés en interne à Elche, en Espagne. Une maîtrise de la chaîne de conception qui se ressent dans les finitions et la cohérence globale de ce châssis.
- Une progressivité de 25 % : Avec un amortisseur métrique de 205 x 65 mm (montage Trunnion haute), le ratio de levier affiche une courbe linéaire-progressive bien marquée. Cette valeur de 25 % est l’argument parfait pour rouler un amortisseur à ressort hélicoïdal (coil) sans talonner bêtement sur les gros impacts, tout en conservant une lecture de terrain ultra-sensible sur le premier tiers de course.
- Anti-Squat maîtrisé : Calé à environ 98 % au Sag (recommandé à 30 %), l’anti-squat évite l’effet de pompage excessif sans pour autant verrouiller la suspension au pédalage. Pour un engin de ce gabarit, c’est l’assurance de pouvoir relancer efficacement entre deux kickers ou de remonter à la pédale sans détruire les cuisses.
- Anti-Rise à 100 % : Affiché à 99,7 % au point de Sag, l’anti-rise est quasiment parfait. Traduction terrain : la suspension reste totalement active et ne se fige pas lors des gros freinages tardifs. Le grip de la roue arrière est conservé au maximum, même quand on écrase les leviers dans le défoncé.
Le Flip Chip : Deux visages, une clé Allen de 6
Pas de fioritures mécaniques complexes, le changement de géométrie s’effectue via un Flip Chip à boulon unique situé sur l’ancrage inférieur de l’amortisseur. En basculant de la position Standard (montage d’origine) à la position Low, on radicalise clairement l’Anark:
- Angle de direction : Il passe de 63,5° à 63,15° (-0,35°), ouvrant la chasse pour une stabilité maximale dans la pente raide.
- Hauteur de boîtier : Elle est abaissée de 5 mm, passant de 346 mm à 341 mm pour coller le centre de gravité au sol et découper les relevés.
- Reach & Bases : Le reach se raccourcit de 4 mm (pour charger l’avant du vélo), tandis que les bases subissent un allongement infime de 1 mm (445 mm à 446 mm) lié à la rotation de la biellette.
Les bases à 445 mm d’origine associées à la roue de 27,5″ prouvent que la marque a cherché le bon curseur : assez longues pour asseoir le vélo à haute vitesse, mais courtes et rigides sur un triangle arrière en alu renforcé pour claquer des manuels et tourner dans un mouchoir de poche.
Une grille de 5 tailles et l’apparition de la « ML »
Mondraker bouscule sa grille de tailles en proposant l’Anark en 5 tailles (du S au XL), en introduisant une véritable taille ML (Reach de 480 mm) située pile entre le M (460 mm) et le L (500 mm).
C’est une excellente initiative. Souvent, les riders se trouvent le cul entre deux chaises entre le M (parfois trop court pour la stabilité) et le L (parfois trop long et camion à bouger). Sur l’Anark, le choix de la taille ne doit pas se faire uniquement au mètre ruban selon votre morphologie. Pour un programme bike park / freeride, on peut volontairement downsizer (prendre plus court) pour privilégier la maniabilité, le whip et les tricks, ou upsizer (prendre plus long) si l’objectif est de chercher la stabilité pure à haute vitesse.
Fait notable que l’on doit saluer : pour préserver un comportement homogène, Mondraker ajuste subtilement le positionnement des points de pivot selon les tailles pour que chaque rider, du S au XL, dispose exactement de la même cinématique et du même ratio de levier.
Roulements standardisés : La vraie révolution est dans les détails
Là où Mondraker marque d’énormes points – et là où on salue l’intelligence des ingénieurs –, c’est sur la conception pratique du châssis en aluminium Stealth Alloy EVO.
Sur un vélo de freeride destiné à être maltraité en station tout l’été, l’entretien est souvent le point noir. Mondraker a résolu le problème d’une manière qu’on aimerait voir plus souvent : la standardisation totale des roulements. Tous les points de pivot du système de suspension ZERO révisé utilisent exactement la même taille de roulements à double étanchéité. Mieux encore, c’est la même référence que sur le Summum de DH et le gros VTTAE Zendit.
Pour le rider qui fait sa mécanique à la maison ou pour le shop au pied des pistes, c’est une bénédiction. Finis les kits de roulements spécifiques à douze références introuvables en plein mois de juillet. C’est un vélo pensé par des pratiquants qui savent ce que signifie entretenir une machine qui roule fort.
L’œil de FullAttack : Avec cette standardisation industrielle, la marque ambitionne de proposer un vélo performant, pragmatique et durable. Une démarche de conception cohérente, reste maintenant à voir si les promesses se traduisent sur le terrain.
Gamme et tarifs : Clé en main et sans chichis
Plutôt que de perdre le pratiquant dans un catalogue à rallonge, la gamme se concentre sur l’essentiel avec deux modèles complets et une option kit cadre. La bonne surprise vient de la cohérence des choix : pas besoin de passer par la case « options » ou de changer la moitié des pièces en sortant du magasin pour avoir une machine prête pour le gros ride.
Kit Cadre (2 599 €) : Pour les adeptes du montage à la carte, le cadre nu est proposé directement avec l’amortisseur à ressort Öhlins TTX 22.
Anark R (3 999 €) : Le ticket d’entrée est déjà armé pour limer les pistes sans arrière-pensée. On retrouve un combo RockShox (fourche ZEB et amortisseur Vivid Coil), une transmission Sram GX Eagle T-Type sans patte de dérailleur faite pour encaisser les chocs, et des freins Sram DB8 à 4 pistons. Le gros point fort ? Même à ce tarif, Mondraker livre le vélo avec de vrais pneus à carcasse DH (Maxxis Assegai / Minion DHR II) et gomme tendre. Un choix honnête et ultra-rare à ce prix.
Anark XR (4 999 €) : La version haut de gamme s’habille d’une magnifique finition Raw Alloy (alu brut poli) et monte d’un cran au niveau des suspensions avec un ensemble Öhlins (RXF 38 à l’avant, TTX 22 Coil à l’arrière). Le freinage est confié aux puissants Sram Maven Base et les roues passent chez e*thirteen. Le poids reste bien placé pour le programme, oscillant autour des 17,8 kg selon les versions.
Validé au bureau, reste à valider au Bike Park
Avec l’Anark, Mondraker prouve que le VTT musculaire a encore de très belles cartes à jouer lorsqu’il s’adresse aux passionnés de sensations fortes. C’est un sans-faute en termes de positionnement, de choix de matériaux et de philosophie mécanique.
Sur le papier, la marque espagnole a posé des bases redoutables pour redonner ses lettres de noblesse au freeride moderne. Maintenant, une seule question nous brûle les lèvres chez FullAttack :est-ce que ce châssis procure autant de plaisir guidon en mains que sa géométrie le laisse espérer ? On a déjà hâte de jeter ce monstre dans la pente et de mettre à l’épreuve sa nouvelle cinématique. Pour tout vous dire, chez FullAttack, on n’a qu’une envie : sauter dans le camion de l’Evo Bike Park pour enchaîner les runs et empiler les virages relevés au guidon de cette machine afin de vous proposer un véritable test terrain sans concession.
Plus d’info : https://mondraker.com/fr/fr/anark-r1778751368

