Le 19 avril 2026, Vergons accueillait la toute première édition de l’Enduro du Verdon. Un petit village des Alpes-de-Haute-Provence que les lecteurs de FullAttack connaissent déjà bien pour y être passés avec le Grand Rallye VTT TransVerdon… Cette fois pourtant, c’est une autre histoire qui s’y est écrite : celle de Maxime Destree, jeune organisateur passionné, qui a réussi à transformer des sentiers oubliés et une idée qui lui trottait dans la tête depuis des années, en un véritable événement Enduro. Vu de l’intérieur, son récit raconte autant les coulisses, les doutes et l’énergie nécessaires pour monter une course, qu’il ne dit quelque chose de plus large : quand un événement fait carton plein dans un petit coin “où personne n’attendait ça”, difficile de ne pas y voir la preuve du potentiel — et de la sacrée vitalité — de l’enduro VTT, discipline de pratiquants par excellence.
La génèse
À vergons, tout commence bien avant la première édition de l’Enduro du Verdon. Avant les rubalises, les bénévoles et les podiums, il y a surtout un gamin du coin, quelques sentiers oubliés, empruntés par ses parents, oncles &cie… et une idée qui finit par devenir impossible à lâcher.
J’avais cette idée dans un coin de la tête depuis quelques années, pour être honnête. Tout a commencé en 2018, à Vergons. À l’époque, je nettoie mon tout premier sentier — la partie basse de la SP2 — presque en même temps que je découvre le VTT. Un sentier simple, réouvert juste pour avoir une descente au-dessus de la maison, sans vraiment imaginer jusqu’où ça pourrait aller.
Puis en 2019, je rejoins l’équipe de bénévoles du Grand Rallye Transverdon. Et là, c’est le déclic. Voir l’envers du décor, comprendre l’énergie que ça demande, sentir l’ambiance… ça m’a marqué. Je me suis dit :
“Un jour, moi aussi, je veux organiser une course d’enduro comme ça, à la maison.”
Sauf que la réalité, c’est que j’étais plongé dans mes études post-bac à Montpellier. Donc l’idée est restée là, en arrière-plan. Mais pendant les week-ends et les vacances, je continuais à ouvrir des sentiers autour de chez moi. Sans plan précis… mais avec une direction qui se dessinait doucement. C’est finalement grâce à ma formation DEJEPS VTT que tout s’est concrétisé. Dans ce cursus, pour devenir moniteur VTT diplômé, on doit monter un projet professionnel. Et en octobre 2025, l’idée est réapparue. Pas comme un rêve flou cette fois, mais comme une évidence. Ce projet, ça allait être mon enduro.
Les premiers pas
À partir de là, le projet cesse d’être une simple idée. Il faut convaincre, fédérer, obtenir les autorisations… et surtout prouver qu’un événement comme celui-ci a sa place à Vergons.
Une fois l’idée validée par mes formateurs, je n’ai pas trop tergiversé. J’ai préparé un dossier et je l’ai envoyé au maire de la commune, pour lui présenter le projet : organiser un enduro VTT à Vergons. Sa réponse est arrivée après deux semaines d’attente — ça paraît peu, mais je vous assure que ça a été long, et j’avais clairement peur de sa réponse. Finalement, elle a été la suivante :
« Oui Maxime, tu peux organiser une course de VTT à Vergons ! »
Ça a été une première petite victoire. Mais surtout, le vrai début de l’aventure. J’avais la chance d’avoir une association, créée avec des potes deux ans plus tôt, qui allait servir de support à l’événement. À travers mes expériences passées, j’avais compris une chose essentielle : pour ancrer durablement un projet sur un territoire, il faut faire les choses proprement : impliquer tout le monde, écouter, concilier les enjeux et les contraintes de chacun. Les rendez-vous se sont enchaînés avec l’Office National des Forêts, la Gendarmerie, la Direction Interdépartementale des Routes, mais aussi les propriétaires des parcelles privées. L’idée était simple : présenter le projet, exposer ma vision, écouter les retours… et trouver un équilibre durable pour les sentiers empruntés.
Les sentiers : le vrai défi
Le terrain, justement, devient rapidement le cœur du projet. Parce qu’à Vergons, pour créer un vrai enduro, il faut parfois aller rechercher des traces que plus personne n’utilisait depuis des décennies…
Les sentiers ?! c’était un sacré casse-tête. Faire un enduro avec 1500 m de dénivelé négatif à Vergons, tout en gardant des spéciales accessibles pour les spectateurs ? Sur le papier, ça semblait compliqué.
Sauf si tu décides de rouvrir des sentiers oubliés depuis 40 ans.
C’est exactement ce qu’on a fait. Sur ce point-là, je ne peux que remercier énormément l’ONF, qui m’a donné les autorisations pour nettoyer et rouvrir près de 10 km de traces abandonnées un peu partout dans la montagne. Des sentiers qui n’existaient plus… et qui sont redevenus le cœur de l’événement.
Construire l’évènement dont on rêve…
Petit à petit, l’idée d’une simple course laisse place à quelque chose de plus grand : un événement pensé pour le village, ses habitants et les riders venus découvrir ce terrain de jeu méconnu.
L’idée n’a jamais été de faire “une course de plus”. Je voulais créer un événement ancré dans le territoire, qui mette en valeur les sentiers, le village et toute l’énergie locale. Au début, honnêtement, peu de gens y croyaient. Et quelque part, c’est normal :
qui va venir à Vergons, un petit village que personne ne connaît, pour rouler sur des sentiers dont personne n’a jamais entendu parler ?
Mais c’est justement ça qui m’animait : créer quelque chose là où personne ne l’attend. Je n’étais pas seul dans cette aventure. J’ai pu compter sur le soutien et l’aide de mes parents, de ma copine Méryl, et de mon meilleur ami Antonin. Et petit à petit, le projet a pris forme.
La préparation
Finalement, comme souvent dans ce genre d’aventure, le plus difficile n’est pas toujours là où on l’attend le plus. le coeur du réacteur, c’est là qu’il se trouve véritablement…
Organiser une course, de l’extérieur, ça a l’air assez simple. Mais de l’intérieur, c’est un autre monde. D’un côté, il y a le terrain. C’était la partie qui m’inquiétait le plus… et au final, ça a été la plus simple — et surtout la plus plaisante. Avec l’aide des copains, tout est allé relativement vite. Même si parfois, on finissait de débroussailler à la frontale un samedi soir… on se régalait. On traçait plusieurs lignes, on imaginait des passages, des petits jumps…
De l’autre côté, il y a toute la partie immergée de l’iceberg. Chercher des sponsors, gérer les bénévoles, faire la communication, planifier l’événement, organiser les ravitos, créer les trophées… Un tas de choses auxquelles on ne pense pas au début, mais qui deviennent vite indispensables. C’est clairement cette partie qui m’a donné le plus de fil à retordre. Et avec du recul, c’est aussi là qu’il est essentiel de savoir déléguer.
À un moment, j’en étais arrivé à un stade où mon cerveau — et mon ordi — tournait H24 sur ces sujets.
Et finalement, ce sont souvent ces petits détails invisibles qui font toute la différence le jour J. On peut d’ailleurs parler des bénévoles : ils étaient 80. Je les remercie infiniment pour leur engagement autour du projet. Sans eux, l’événement n’aurait jamais été le même. Mais gérer 80 personnes — dont la plupart n’avaient jamais participé à une course d’enduro — ça demande une vraie organisation. Concrètement, ça s’est traduit par deux réunions en amont pour présenter l’événement et leurs rôles, ainsi que par l’envoi de plannings individualisés.
Petit tips qui m’a beaucoup aidé : j’avais désigné des responsables pour chaque spéciale et chaque mission (ravito, repas, parking…). Des référents identifiés, à contacter directement le jour J. Un détail qui change tout…
Le jour J
Et puis arrive enfin ce moment étrange que connaissent tous les organisateurs : celui où le projet ne leur appartient presque plus. Gage que tout est bien huilé !
arrive le jour J. Et là… tout s’accélère. Ce qui n’était jusque-là qu’un projet dans ma tête devient réel. La semaine précédente s’était parfaitement déroulée. On avait même un jour d’avance sur le planning de préparation. De quoi aborder l’événement avec confiance, et réussir à dormir — à peu près — quelques heures la nuit.
Mais malgré ça, tout va trop vite. C’est un sentiment difficile à expliquer. La veille de la course, tu as l’impression d’avoir oublié mille choses… alors qu’en réalité, tout est en place. Les bénévoles sont déjà là, investis à fond dans leur mission. La machine est lancée. Et toi, paradoxalement, tu te retrouves presque sans rôle !
Tu passes d’un projet qui occupait toutes tes pensées… à une organisation qui tourne sans toi.
Tu ne sais plus vraiment où te mettre. Au milieu de cette effervescence, tu te sens presque seul. C’est exactement ce que j’ai ressenti. Tout le monde était à fond, tout se déroulait parfaitement… et moi, je n’avais presque plus rien à faire. Avec du recul, c’était sûrement la meilleure sensation que je pouvais espérer : celle d’avoir construit quelque chose qui fonctionne sans dépendre de toi à chaque instant.
Cette journée du 19 Avril 2026, je ne l’ai presque pas vu filer, mais je me souviens très bien d’une chose : le sourire des participants à l’arrivée des spéciales, leurs retours et leur plaisir. Au fond, t’as toujours un petit stress quand même sur le fait qu’il y ait des chutes ou des blessés. Puis tu fais ton discours, les remerciements, les podiums et là, d’un coup… c’est fini ! Déjà ! Tout le monde repart aux quatre coins de la région. Bref, c’était court, très court ! Mais on l’a fait.
L’après
Une fois les podiums terminés, il reste encore quelque chose de plus fort : ce que l’événement a laissé derrière lui.
Quand tout s’arrête, il y a un vrai vide. Des mois de préparation… pour une seule journée. Mais en réalité, l’événement ne s’arrête pas là. Il faut encore ranger le village, débaliser les spéciales, remettre les sentiers en état. Et ça, on l’a fait en moins de 48 heures, avec les habitants du village. C’était assez fou. Je crois même que c’est à ce moment-là que j’ai ressenti le plus de bonheur.
Voir dans les yeux des anciens leur fierté, leur énergie, leur implication dans l’événement…
Les retours positifs, les messages sur les réseaux, les sourires à l’arrivée ont marqué tout le monde ici. Et dans cette dynamique collective, presque naturellement, chacun a voulu donner un coup de main pour tout remettre en ordre. Là, tu comprends que ce n’était pas “juste une course”… mais un moment qui a marqué tout le monde. Et c’est à ce moment précis que tu réalises que tout ça valait vraiment le coup.
Et maintenant ?
Au fond, ce récit raconte autant la naissance d’un événement que celle d’une dynamique. Celle qui rappelle qu’avec des sentiers, des bénévoles et une vraie envie de partager, l’enduro VTT a encore de sacrées histoires à écrire.
Est-ce que je le referais ? Oui. Sans hésiter. Parce que malgré la charge de travail, malgré les moments de doutes, il y a quelque chose d’unique dans le fait de créer un événement. Et encore plus quand c’est chez soi. Partager avec d’autres passionnés le plaisir que tu ressens sur tes sentiers, les faire découvrir aux autres. Et au-delà des spéciales, c’est un peu ton propre bonheur que tu veux partager. Et si ça peut donner envie à d’autres de se lancer, alors c’est encore mieux. Parce qu’au final, je pense que c’est comme ça que naissent les plus beaux projets : d’une idée qui traîne… et qu’on décide, un jour, de rendre réelle.
On a mis Vergons sur la carte du VTT Enduro !
Et toi, Antoine, de ton point de vue de participant, qu’est-ce que tu as ressenti sur cette première édition ?
Vergons, à vrai dire, j’ai eu l’opportunité de découvrir en avant-première, l’an passé, via la toute première spéciale du Grand Rallye VTT Transverdon. L’évènement ne passait pas ici par hasard, mais bien parce que, déjà, Maxime avait une envie folle de nous faire découvrir son chez lui. Et quelle spéciale ! La Chamatte, qui à elle seule, mérite le détour ! De ces longs et bons runs qui te font aimer l’Enduro, ou le détester ! Plus tu descends, plus c’est shapé, plus tu te dis que les locaux ont bon goût. Alors forcément, quand Maxime a fait savoir qu’il y aurait l’opportunité de revenir à Vergons pour en découvrir davantage, je n’ai pas tergiversé. Inscrit de la première heure, même si l’agenda ne rend pas les choses faciles. À la lecture du récit de Maxime, j’ai éclaté de rire quand il confie se sentir seul, le jour J, quand l’évènement est lancé et « tourne sans lui ». Je crois que c’est le meilleur retour qu’un organisateur puisse avoir. Signe que tout est bien huilé. Ça s’est en tout cas ressenti sur place. L’énergie dans ce petit village si discret d’habitude. L’effervescence du rendez-vous que tout le monde s’est fixé. Le Pic de Chamatte qui prend la lumière du matin au soir, trônant fièrement au-dessus du village comme le morceau de bravoure pour lequel on est venu. Le parcours bien pensé pour en profiter au bon moment, avant de découvrir quelques autres pépites qui rappellent que la journée n’est pas terminée. L’Enduro du Verdon 2026 était une première, mais une première sacrément bien huilée. Sans qu’on nous le dise ou sans le savoir, rien pour le faire sentir, le jour J. Tant et si bien qu’on comprend qu’après ça, la question revienne avec insistance, et que Maxime soit tenté d’y répondre à la fin de son propos. Doit-il le refaire, et donner suite ? Volontiers. On lui souhaite en tout cas, et on souhaite à tout le village de Vergons, d’entretenir cette énergie pour remettre le cœur à l’ouvrage, le moment venu 😉
