Contraste Rwanda 2 – De retour à VTT au pays des 1000 collines (1/2)

De retour au pays des 1000 collines

L’an passé, je vous présentais le Rwanda comme terre de cyclisme et c’était l’occasion de vous faire rencontrer quelques acteurs de la scène locale VTT rwandaise. Cette année, j’y suis retourné pour continuer à tisser des liens en mettant en place une action solidaire à destination de deux passionnés de VTT.

Introduction 

Je dois l’avouer, mon premier voyage l’an passé au Rwanda m’a profondément marqué, presque changé. J’ai découvert un pays avec bien des aspects que je ne soupçonnais pas… La beauté de ses paysages, « son printemps éternel », la simplicité des Rwandais et leur dévouement, leur histoire bouleversante, suivie d’un développement sans précédent en Afrique, ce pays m’a séduit. Sans parler des possibilités que le Rwanda offre à vélo…

Après avoir roulé avec plusieurs groupes locaux l’an passé, je me suis lié d’amitié avec certains d’entre eux et nous sommes naturellement restés en contact.

Au fil des messages, deux de mes nouveaux amis m’ont sollicité chacun de leur côté pour savoir si je pouvais les aider à obtenir des VTT afin de rouler avec du matériel adapté, eux qui ont très peu d’accès à ce type de vélo. La démarche était humble et sincère, sans aucune pression.

Les deux protagonistes se nomment Obed et John et sont tout aussi passionnés de vélo que vous et moi. Souvenez-vous, nous vous les avions présentés dans un article (très) complet ici.

Obed est un vététiste passionné et très actif dans la communauté VTT de Musanze, située au nord du Rwanda. Il travaille au centre UCI de l’African Rising Cycling Center au sein de l’équipe nationale cycliste du Rwanda. Un VTT lui permettra de continuer à contribuer au développement de la scène VTT locale et d’encourager la pratique.

John, quant à lui, est guide VTT et organisateur d’activités outdoor diverses, basé à Kibuyé, une jolie station balnéaire située sur les bords du lac Kivu. Avoir un VTT en bonne condition lui permettra d’encadrer ses sorties dans de bonnes conditions et, nous l’espérons, de développer son activité.

En réfléchissant à leur demande, je me suis rapidement dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire… Certes, trouver des vélos n’est pas si simple, mais avec expérience dans le milieu du vélo depuis une quinzaine d’années, je me suis dit qu’en montant un projet solidaire, en sollicitant quelques marques, et avec l’aide de mon club local, nous devrions pouvoir réussir à trouver deux vélos et du matériel.

Restait ensuite la question de l’acheminement. Trouver le matériel est une chose, le faire parvenir au Rwanda en est une autre. Et si j’accompagnais le transport moi-même, et en profitais pour partager quelques jours de vélo avec Obed et John ? Petit à petit, l’idée a mûri pour devenir un projet concret, presque une obsession. Trouver deux vélos pour des passionnés, avec un vrai impact, tout en découvrant le pays à vélo — c’était le plan.

Après pas mal d’efforts, et avec l’aide de deux complices, Fabrice et Kevin qui m’ont accompagné dans ce périple nous avons réussi à livrer les vélos et le matériel.

Obed nous a fait découvrir ses chemins locaux et nous avons roulé sur les sentiers au pied du parc des Volcans, une ambiance magique. Avec John, nous sommes partis sur le Congo Nile Trail, où nous avons effectué six jours d’itinérance à VTT sur les bords du lac Kivu, du nord du Rwanda à la frontière ougandaise jusqu’à Kamembe, tout au sud, à proximité du Burundi et du Congo.

Au total, nous avons parcouru 450 km à VTT, effectué plus de 10 000 m de D+ et découvert un pays passionnant, accueillant et magnifique.

C’est parti, mettez votre ceinture, direction l’Afrique des Grands Lacs. Bienvenue pour le récit de ce nouvel épisode de Contraste Rwanda (publié sur FullAttack en deux parties), une expérience éprouvante mais incroyable à vivre, qui nous a permis de ressentir le pays et ses habitants.

Partie 1 : Les partenaires et l’initiative

Pour trouver les vélos, j’ai contacté quelques marques en expliquant le sens de la démarche et ce que nous souhaitions mettre en place. Après avoir présenté le projet à quelques partenaires potentiels, Specialized France a très rapidement montré son enthousiasme et s’est engagé à soutenir l’initiative. L’équipe s’est ainsi engagée à fournir deux vélos neufs (Rockhopper Elite) ainsi que du matériel et des composants pour John et Obed. Nos deux amis bénéficieront donc d’une dotation complète contenant casque, chaussures, pneus, chambres à air et équipements divers — parfait pour leur pratique sur place.

Après avoir trouvé le matériel, s’est rapidement posée la question de l’acheminement et des frais liés au transport. Faire voyager deux vélos et tout le matériel en bagages en soute représente forcément un coût que je ne pouvais pas assumer seul. C’est alors que le club dont je fais partie en Drôme-Ardèche s’est manifesté et a proposé d’organiser un événement pour soutenir la cause.

Avec le Bike Club Portois, nous avons co-organisé un Social Ride, où chacun pouvait participer à un Enduro non officiel en contribuant par un don à hauteur de ses moyens. Fin septembre, nous nous sommes donc retrouvés à une bonne cinquantaine de riders, pour la bonne cause, à profiter des sentiers ardéchois dans la bonne humeur. Quoi de mieux qu’un bon ride suivi d’une bière saucisse entre passionnés ? L’ambiance était au top, et chacun savait pourquoi il était là : faire un bon coup de vélo et partager un moment entre amis tout en contribuant à la cause.

Cet événement spontané nous a permis, grâce à la générosité des participants, de collecter des fonds essentiels pour acheminer le matériel au Rwanda. À cela se sont ajoutés les dons reçus via la plateforme HelloAsso, ce qui nous a permis de couvrir l’intégralité des frais liés au transport des vélos. J’en profite pour remercier du fond du cœur tous les participants et donateurs : sans eux, rien n’aurait été possible !

Fin septembre les vélos étaient là. Tout était prêt. Et nous étions prêts à décoller.

Partie 2 : Demandez le programme

Pour m’accompagner dans ce voyage un peu hors normes, j’ai pu compter sur deux amis de longue date, avec qui nous sommes coutumiers de ce genre d’aventure. Il suffit de relire ces articles Contraste Chine, Hong Kong ou Philippines pour savoir que nous sommes une équipe soudée et rodée. Kevin et Fabrice ont été des partenaires de choix et ce fut un régal de les avoir à mes côtés !

Ayant eu la chance de faire un premier séjour l’an passé, le programme de cette année était réglé comme du papier à musique. Un programme optimisé pour passer un maximum de temps sur le vélo, avec les riders locaux, tout en profitant du temps passé sur place pour continuer à découvrir ce pays si riche.

Et bien sûr, l’objectif principal du voyage, c’est de compléter le Congo Nile Trail, ce parcours qui traverse le pays du nord au sud le long du lac Kivu. J’avais eu l’occasion de rouler sur les sentiers d’une des étapes avec John l’an passé et il me tardait d’en découvrir plus ! Ce séjour en itinérance serait clairement le highlight de ce voyage.

Au programme donc : un ride à Kigali à la sortie de l’avion avec le groupe de vététistes local, ensuite nous nous dirigerons vers le nord du pays. Nous acheminons les vélos et le matériel au centre UCI où s’entraîne l’équipe nationale cycliste rwandaise, situé à Kinigi, au pied du parc des Volcans, pour pouvoir donner un vélo à Obed et rouler avec lui. Là-bas, John nous retrouvera, nous lui donnerons son vélo et ensuite nous partirons ensemble sur le Congo Nile Trail pour traverse le (petit) pays

Un programme ambitieux, mais vous savez quoi (attention spoiler) : tout s’est bien passé !

Partie 3 : Le choix des armes

Pour profiter pleinement de ce séjour, nous avons fait le choix de VTT semi-rigides.
Kevin et moi avons jeté notre dévolu sur des Specialized Fuse. Un choix clairement judicieux : même si les sentiers rwandais ne sont jamais extrêmement techniques, le confort qu’apporte un semi-rigide est plus que bienvenu sur la durée.

Pour l’occasion, nous avions équipé nos vélos de sacoches light, parfaitement adaptées à une itinérance légère. Le résultat : un VTT agile, léger, peu encombré, qui permet de rester dans une vraie pratique VTT. Et ce n’est pas un détail, car même si nous avons effectivement roulé sur de la piste, nous avons aussi régulièrement emprunté de beaux singles, des descentes, ou des pistes bien défoncées. Dans ces conditions, rouler sur autre chose qu’un VTT — et a minima un semi-rigide — aurait clairement été une punition. Et je pèse mes mots.

Sur place, le terrain a rapidement mis fin aux débats. Je vais le dire une bonne fois pour toutes, et on n’y reviendra pas : pour le type de séjour que nous avons vécu — mélange de sorties VTT avec les pratiquants locaux et d’itinérance off-road — le VTT était tout simplement parfait.

Le gravel à la mode depuis plusieurs années, selon moi (et cela n’engage que moi), n’aurait strictement rien apporté, voire nous aurait même desservis. Les photos des pistes un peu plus loin dans cet article parleront d’elles-mêmes.

De son côté, Fabrice avait fait le choix du Chisel FSR, et c’est peut-être même le meilleur vélo pour ce genre de trip. Avec 120 mm à l’arrière et 130 mm à l’avant, un châssis aluminium robuste, le vélo est parfaitement à l’aise sur les pistes et sentiers rwandais défoncés, tout en restant suffisamment léger et réactif pour pédaler efficacement. Il lui a permis d’enchaîner de très grosses journées, comme cette étape à 650 km et 1 600 m de D+, sans jamais subir le terrain.

Partie 4 : Sortie à la capitale, bienvenue à Kigali

A la découverte de Mt Jali / Swing Bridge / Skol Brewery

Kigali est une ville fascinante. Vous avez sans doute vu les images à la télévision lors des derniers Championnats du monde de cyclisme sur route : c’est une ville très vallonnée, dense, moderne. La capitale est développée, dotée d’infrastructures qui facilitent les déplacements. Son économie, largement tournée vers les services (finance, institutions, etc.), s’accompagne de projets ambitieux qui participent au soft power du Rwanda en Afrique : un stade flambant neuf de 60 000 places, un centre de congrès capable d’accueillir les plus grands rendez-vous diplomatiques du continent… et peut-être demain un Grand Prix de Formule 1. Oui, ce n’est pas une blague — c’est en discussion.

Pourtant, Kigali conserve une vraie vibe africaine. Le développement de la ville s’est fait dans un style proprement rwandais, avec une identité forte. Si la capitale s’est considérablement urbanisée, elle reste remarquablement organisée et agréable à vivre. La nature et les montagnes ne sont jamais loin, ce qui explique pourquoi un groupe de vététistes, composé de pratiquants locaux et d’expatriés, se retrouve chaque week-end pour rouler. La sortie du dimanche matin, version rwandaise.

Nous mettons de côté les vélos et le matériel que nous livrerons dans quelques jours et profitons de notre arrivée à Kigali, un week-end, pour rouler avec ce groupe de passionnés. Avec Kevin et Fabrice, nous rejoignons le point de rendez-vous pour rouler avec le groupe au sud de Kigali du côté du Mont Jali.

La sortie de la ville est un peu épique. Même si Kigali est bien organisée, on reste dans une capitale africaine animée, et s’en extraire représente déjà une petite aventure. Bus, motos, taxis, camions, voitures, cyclistes, piétons : tout le monde cohabite dans ce qui ressemble à un joyeux chaos… en réalité plutôt bien huilé. Et puis, très vite, l’ambiance change. En quelques kilomètres à peine, on a l’impression d’avoir voyagé bien plus loin. Nous entamons une ascension en pleine campagne qui nous fait basculer dans une vallée agricole à l’est de la ville. Pour la traverser, une passerelle suspendue de type himalayen a été installée — je l’avoue, elle impressionne un peu.

Pour Kevin et Fabrice, à peine descendus de l’avion, c’est un premier contact direct avec l’Afrique. L’énergie est réelle, presque palpable. Être là, entourés de riders rwandais fiers de nous montrer leurs chemins, est franchement grisant. Et forcément, peu importe d’où l’on vient, on ne peut pas s’empêcher de se tirer un peu la bourre pour voir qui a les meilleures jambes. À ce jeu-là, les Rwandais s’en sortent très bien. Même si leur pilotage peut parfois être perfectible, ils sont clairement redoutables à la pédale. Il faut dire que le Rwanda est avant tout un pays de cyclistes, où le vélo occupe une place centrale dans la société.

Les sentiers ne sont pas particulièrement techniques, ni en montée ni en descente, mais le simple fait de rouler dès la sortie de la ville, dans un tel décor, est un vrai plaisir. L’ambiance au sein du groupe est excellente. Au final, nous bouclons une belle sortie de 45 km pour 1 000 m de D+. Oui, ça grimpe au Rwanda. Et comme une évidence, la sortie se termine autour d’un bon café rwandais, partagé avec nos nouveaux amis.

Jour 1. Déjà un très bon ride. Ça promet.

Partie 5 : Du VTT au pied des volcans, au centre UCI

De Kigali, nous devons nous rendre à  Musanze, où se situe le centre UCI, camp de base de l’équipe nationale rwandaise de cyclisme.

Le choix de cette petite ville, perdue au nord du Rwanda, peut sembler surprenant. Pourtant, il est très logique : l’altitude en fait un point de chute idéal pour l’entraînement, avec du dénivelé progressif permettant aux athlètes de travailler dans d’excellentes conditions.

Pour nous, c’est une petite expédition. Nous devons transporter nos propres vélos, plus les deux vélos et le matériel destinés à Obed et John. Trois hommes, cinq vélos. J’opte pour l’option « minivan », en étant sans doute un peu optimiste sur les capacités de chargement du véhicule qui se fera en mode Tetris, mais ça passe. Verdict : impossible de bouger le petit doigt pendant les quatre heures de route entre Kigali et Musanze. 😊

La route permet de mesurer pleinement ce que l’on appelle le pays des mille collines. Des montagnes à perte de vue, des lignes de crête, des paysages verdoyants à couper le souffle. À mesure que nous approchons de Musanze, les volcans se dessinent de plus en plus nettement, jusqu’à s’imposer face à nous.

À l’arrivée, on distingue clairement la chaîne des volcans des Virunga, qui abrite les célèbres gorilles de montagne, dont Dian Fossey est devenue une figure emblématique presque nationale.

Après quatre heures de route, nous arrivons enfin au centre UCI où Obed nous accueille. À noter : ce centre est ouvert au public. Si vous envisagez un jour de rouler au Rwanda et de profiter de ses infrastructures, c’est tout à fait possible. Il suffit de se renseigner et de contacter directement l’établissement.

Coup de chance pour nous : l’équipe nationale est au complet pendant notre séjour, en pleine préparation pour les Championnats d’Afrique sur route au Kenya. Pendant trois jours, nous aurons la chance de côtoyer les coureurs, de partager les repas et un bout du quotidien de l’équipe nationale rwandaise sur route. L’occasion d’échanger avec ces jeunes athlètes passionnés, ambitieux et particulièrement attachants.

De notre côté, nous remettons à Obed le VTT et le matériel offerts par Specialized France, que nous avons amenés depuis la France. L’émotion est palpable. Obed est aux anges : il n’a jamais eu de VTT à lui. Le voir découvrir son propre vélo est un moment fort. Ensemble, nous montons le vélo et peaufinons les réglages en vue de la sortie prévue le lendemain, au pied des volcans.

Alors qu’Obed doit terminer un briefing avec l’équipe, nous nous échappons avec Kevin et Fabrice pour découvrir les alentours de ce lieu pour le moins atypique. Direction les volcans. Lors d’un mini-ride improvisé, nous enchaînons quelques sentiers avec le massif des Virunga en toile de fond. La lumière décline, l’énergie est haute, et nous nous régalons face à ces paysages complètement fous.

Retour au centre où nous prendrons le repas partagé avec l’équipe, et il est temps de se reposer. 

Le lendemain, Obed nous guide autour du centre pour un joli parcours de 52 km, à proximité des lacs jumeaux Ruhondo et Burera. Le tracé est majoritairement roulant, mais ponctué de beaux singles qui permettent de bien s’amuser. Les paysages, tout au long du parcours, sont magnifiques. Nous roulons sur des pentes volcaniques, avec des pierres parfois bien saillantes. Les paysages offrent des montagnes à perte de vue, sous un plafond nuageux. La nature est luxuriante, véritable jardin d’Éden.

Pour l’anecdote, nous empruntons certains chemins de la Cape Epic Rwanda, petite sœur de la mythique Cape Epic sud-africaine, une épreuve qui monte en puissance et attire chaque année de plus en plus de compétiteurs rwandais et internationaux.

Sur les sentiers, nous sommes souvent accompagnés de Rwandais qui mettent du gros gaz avec des vélos single speed leur servant de moyen de transport. Ils sont clairement costauds, les garçons, avec un bon coup de guidon. Moment épique capturé à la GoPro, où l’on se tire la bourre avec un local, à bloc dans les singles de Kinigi !

Mettez des garçons sur des vélos, peu importe leur vélo et leur origine, et vous pouvez être sûr que ça va être la compétition, haha — ça doit être dans la nature humaine ! Après 55km et 3h30 de ride, retour à Kinigi, au centre UCI, pour une bonne bière fraîche bien méritée.

Le lendemain est consacré à une rando avec l’ascension du mont Muhabura, un géant de la chaine des volcans Virunga culminant à plus de 4 000 mètres d’altitude. Une randonnée à pied qui nous occupe toute la journée et nous donne clairement du fil à retordre. Mais l’effort en vaut largement la peine : paysages à couper le souffle, ambiances dingues. Pas le meilleur moyen de se préparer pour 5j d’itinérances à vélo mais c’est pas grave !

Le soir même, quelqu’un nous attend avec impatience. John, notre ami et futur guide sur le Congo Nile Trail, nous a rejoint. Demain, une nouvelle aventure commence : le départ en itinérance…

La suite de nos aventures dans la partie 2/2 prochainement sur FullAttack !

Thomas