Les premières images avaient laissé entrevoir un tracé inédit, mais encore difficile à cerner. Désormais, les pilotes ont posé les pieds sur la piste de YongPyong Resort, puis commencé à la parcourir pour de bon. Et forcément, les choses se précisent. Entre intentions des concepteurs et premières lectures du terrain, un constat s’impose : derrière les apparences, cette piste pourrait bien réserver son lot de surprises. On fait le point à son sujet, sur FullAttack !
Une vision “à l’ancienne” pour une piste moderne
Derrière le tracé de MONA YongPyong, on retrouve Frank Pardal, ancien champion portugais et européen, épaulé par Jimi Ramsay, constructeur expérimenté venu de Nouvelle-Zélande. Ensemble, ils pilotent une équipe d’une dizaine de personnes pour donner vie à cette piste inédite, avec une idée directrice assumée : revenir à une approche plus “rétro” de la Descente. Ici, pas question de chercher uniquement la vitesse pure. L’objectif est clair : proposer un tracé naturel, technique, où la lecture du terrain et les choix de trajectoires priment sur le reste.
Cette intention se retrouve dans la manière dont la piste exploite le terrain. Les sections sur pistes de ski offrent de larges espaces ouverts – voulus pour être piquetés très large – où les pilotes doivent pouvoir multiplier les options dans l’herbe,tout en composant avec quelques (gros!) éléments sortis de terre — shark fins, doubles, rollers — qui viennent structurer le rythme. À l’inverse, les passages en forêt changent complètement de registre. Deux zones majeures s’y distinguent selon leurs dires : l’une, jonchée de pierres instables, impose de naviguer entre les arbres avec précision ; l’autre, plus raide, plus brute, mêle terre meuble et dévers prononcés, avec un engagement nettement supérieur.
À ces contrastes s’ajoutent quelques points clés pensés pour marquer les esprits. Pardal évoque notamment le pierrier naturel d’une trentaine de mètres, placé juste après un saut massif. Une section où la réception, à haute vitesse, devra être parfaitement maîtrisée pour enchaîner sans perdre le fil ni tuer ses roues. Le gros road gap en sortie de bois vient également ponctuer le tracé, ajoutant une dose supplémentaire d’engagement dans une zone déjà exigeante.
Enfin, le format de la piste s’inscrit dans les standards actuels, avec un temps de victoire attendu juste sous les trois minutes par Franck & Jimi, tandis que les pilotes situent les chronos autour des 2min40/45s env. Un choix dicté par les contraintes de diffusion, même si ses concepteurs reconnaissent qu’ils auraient volontiers allongé le tracé pour se rapprocher des trois minutes vingt à trois minutes quarante.
Une piste plus raide, plus brute… et plus imprévisible qu’attendu
À la découverte réelle du tracé, une chose saute aux yeux : la piste est bien plus engagée que ne le laissaient penser les images. Là où les premières vidéos donnaient une impression de fluidité relative, le terrain révèle en réalité une pente marquée, de l’ordre de 26 à 27 %, des valeurs parmi les plus marquées du calendrier finalement, du moins en matière de pente moyenne…
Très vite, un élément s’impose comme la signature du tracé : les pierres. Partout. De la roche, meuble, instable, parfois tranchante, qui donne à l’ensemble des allures de champ de mines. Même dans les sections boisées, la terre compacte semble presque absente, remplacée par une couche minérale et poussiéreuse omniprésente. Une configuration qui pose immédiatement la question de la gestion du matériel, tant les risques mécaniques apparaissent élevés sur ce type de terrain instable.
À cela s’ajoute une lecture du tracé qui tranche avec les standards récents. Ici, peu d’appuis construits, et au contraire de longs dévers naturels qui imposent de la précision et de la retenue. Le tout dans un enchaînement qui casse le rythme : des portions lentes et très techniques alternent avec des sections plus rapides sur les pistes de ski. Impossible de dérouler, il faudra sans cesse relancer, s’adapter, composer.
Ce caractère brut renforce l’impression générale : une piste au style “old school”, qui évoque une autre époque de la Descente, Celle de Sam Hill, où les trajectoires ne sont pas dessinées à l’avance, où les appuis ne sont pas offerts, et où la créativité prime. Dans les esprits, les références reviennent naturellement. Pour son instabilité et ses pierres en mouvement, le tracé rappelle Vallnord, mais avec davantage de pente. Pour son côté escarpé et engagé, certains évoquent Lourdes ou encore la Croatie version 2018, qui avait marqué par la rudesse de son terrain – empierré à souhait, justement.
Reste que cette première lecture évolue rapidement. Parce que la piste est neuve, encore peu marquée, elle se transforme à grande vitesse au fil des passages. Les ornières se creusent, les pierres bougent, certaines lignes apparaîssent tandis que d’autres s’effacent. Dans ce contexte, la capacité d’adaptation et le travail d’équipe peut prendre une importance capitale durant cette première semaine de compétition de l’année. Pas forcément facile de construire des repères stables dans ce contexte, mais c’est ça aussi, le haut niveau ! Pour l’heure, on note surtout que par endroits plus que d’autres, la terre semble ressortir du sol, et un certain serpent de Hero Dirt indique le chemin, tant qu’il ne s’agit pas d’aller taper un de ces faux appuis, simple bourrelet de poussière, en bord de traj’ 😇
