Attendue depuis plusieurs années, la réponse de Shimano concernant l’évolution de ses transmissions mécaniques est là. Passage des rapports sous charge, souplesse de fonctionnement, stabilité de la chaîne, robustesse de l’ensemble… Autant de critères sur lesquels la concurrence a récemment placé la barre très haut. Et c’est finalement le nouveau Shimano Deore M7200, le groupe le plus accessible de la gamme, qui ouvre le bal à ce sujet. Derrière son apparente évolution esthétique se cachent plusieurs changements techniques à étudier. Dérailleur, shifter, compatibilité, sensations au guidon : nous avons pris le temps de décortiquer cette nouvelle génération pour comprendre ce qui change réellement… et ce que cela apporte sur le terrain.
Une réponse attendue de longue date
Les plus anciens s’en souviennent peut-être. À la fin des années 90 déjà, le duel entre les deux géants de la transmission faisait rage. À l’époque, l’un des principaux sujets de discussion portait sur le ratio d’actionnement, autrement dit la quantité de câble tirée par la commande pour déplacer le dérailleur. D’un côté, Shimano défendait son architecture en 1:2, tandis que son principal concurrent misait sur le 1:1. Résultat : les deux univers étaient parfaitement incompatibles, impossible de marier une commande de l’un avec un dérailleur de l’autre.
Près de trente ans plus tard, le duel est toujours là. Mieux encore, il n’a sans doute jamais été aussi intense. Ces dernières saisons, c’est la concurrence qui a dicté le tempo en matière de transmission VTT. Passage des rapports sous charge, robustesse, précision, douceur de fonctionnement : voilà les critères qui occupent aujourd’hui le devant de la scène. C’est sur ces aspects que se joue d’ailleurs actuellement l’essentiel de la bataille.
les transmissions mécaniques Shimano avaient besoin d’évoluer. La réponse vient d’abord avec ce nouveau groupe Shimano Deore M7200…
À plusieurs reprises ces dernières années, nous l’avons souligné dans les colonnes de FullAttack : les transmissions mécaniques Shimano avaient besoin d’évoluer. Non pas parce qu’elles étaient devenues mauvaises, mais parce que l’écart avec les meilleures références du marché devenait de plus en plus difficile à ignorer. Les habitudes prises par de nombreux pratiquants au guidon de vélos équipés de la concurrence ont fini par rendre ce constat incontournable.
La réponse de Shimano se construit en plusieurs étapes. Une première a été franchie l’an dernier avec l’arrivée des groupes XTR et XT Di2, électroniques et sans fil. Une seconde s’ouvre aujourd’hui avec cette refonte du groupe Deore M7200, qui touche à la fois la transmission et le freinage. Mais soyons honnêtes : c’est surtout du côté de la transmission que les regards se tournent. Parce que c’est là que les attentes sont les plus fortes. Et parce que c’est là que Shimano doit apporter les réponses les plus convaincantes…
Premier coup d’œil : un dérailleur qui change de silhouette
Comme souvent, c’est le dérailleur arrière qui attire d’abord l’attention. Signature visuelle du groupe, il est aussi l’élément qui concentre les principales évolutions.
Et le premier constat est sans appel : ce nouveau Deore M7200 paraît nettement plus massif que son prédécesseur. Le parallélogramme adopte des dimensions plus généreuses, tandis que sa face extérieure gagne à la fois en hauteur et en longueur. Même constat pour la chape, dont les formes apparaissent plus pleines et plus robustes. Là où l’ancienne génération pouvait sembler jouer sur la finesse, cette nouvelle venue affiche davantage de matière.
En regardant de plus près, on retrouve plusieurs codes introduits l’an passé sur les groupes XTR et XT Di2. Le plus évident concerne la technologie SHIMANO SHADOW ES. Le corps du dérailleur adopte toujours une forme compacte et profilée qui veut se « planquer sous les bases », avec un biseau destiné à favoriser le glissement sur un obstacle plutôt qu’un impact direct. L’objectif est clair : réduire les risques d’accrochage contre les rochers ou les racines en limitant les surfaces exposées et les arêtes saillantes.
En détail : les vraies évolutions sont à l’intérieur
Passé le premier coup d’œil, il est temps de regarder ce qui se cache derrière cette nouvelle silhouette. Car si le dérailleur attire naturellement l’attention, les évolutions les plus intéressantes concernent aussi bien ce dernier que le shifter. Et dans les deux cas, Shimano semble avoir cherché à répondre aux attentes actuelles du marché : davantage de stabilité, de précision et de robustesse.
Le dérailleur
La principale nouveauté concerne l’adoption d’une construction à double ressort de chappe, directement héritée des groupes XT et XTR Di2 lancés l’an dernier. Shimano annonce une augmentation de 70 % de la tension du ressort, avec un objectif simple : mieux plaquer la chaîne contre la cassette et limiter ses mouvements parasites. Sur le terrain, cela doit se traduire par un meilleur maintien de chaîne et une réduction des risques de déraillement lorsque le vélo évolue dans les terrains les plus cassants.
Le gain de volume observé au niveau du parallélogramme ne répond d’ailleurs pas à une simple logique esthétique. En augmentant les distances entre les différents points d’appui, Shimano cherche à obtenir un corps de dérailleur plus rigide, capable de mieux résister aux contraintes générées par la transmission et les vibrations du terrain. Cette recherche de robustesse se retrouve également dans le choix d’une chape en acier et dans l’adoption de poulies pleines, destinées à limiter l’intrusion de débris tout en améliorant la durabilité de l’ensemble.
Autre détail intéressant : si le parallélogramme paraît plus long, c’est aussi parce que Shimano a revu le bras de levier qui l’actionne. Sans cette modification, le dérailleur parcourrait davantage de distance pour une même quantité de câble tirée. Le constructeur a donc adapté la cinématique afin de conserver le même ratio qu’avant. Une conséquence importante en découle : ce nouveau Deore, même s’il est plus « gros », conserve le même ratio d’actionnement que les générations précédentes, ce qui le rend compatible avec les anciens shifters Shimano. Enfin, ce nouveau dérailleur est conçu pour fonctionner avec les chaînes et cassettes Hyperglide+ 12 vitesses, sans changement majeur de ce côté-là non plus.
Le shifter
Les évolutions sont plus discrètes mais tout aussi intéressantes du côté du shifter. Le changement le plus visible concerne la gâchette de montée des rapports, dont l’extrémité adopte désormais une forme courbée. Là où le précédent modèle prolongeait simplement le levier, cette nouvelle géométrie crée une surface de contact quasiment parallèle au cintre. Un détail en apparence, mais qui vise à améliorer l’ergonomie…
À l’intérieur, Shimano a également revu un élément clé : le diamètre de la piste d’enroulement du câble. Plus réduit qu’auparavant, il oblige le mécanisme à effectuer une rotation plus importante pour tirer la même longueur de câble. Le ratio reste identique, mais cette évolution permet de modifier la manière dont l’effort est transmis et participe aux évolutions de sensation recherchées par la marque.
Pour le reste, Shimano conserve les recettes qui ont fait le succès de ses commandes mécaniques. On retrouve les technologies Rapidfire Plus et 2-Way Release, qui permettent de changer plusieurs rapports d’un coup et d’actionner le levier de descente avec le pouce ou l’index. Le shifter autorise également un multi-shift jusqu’à trois vitesses sur un seul coup de gâchette, selon les versions. Enfin, les commandes sont proposées aussi bien en version I-SPEC EV qu’avec un collier classique afin de rester dans les standards de montage actuels au guidon.
La gamme
Au cœur de cette nouvelle génération, on retrouve bien sûr le dérailleur M7200 (84,99 €) et les nouveaux shifters (37,99 €) qui concentrent l’essentiel des évolutions techniques présentées jusqu’ici. L’ensemble est complété par une nouvelle cassette Hyperglide+ 12 vitesses (134,99 €), composée de 11 pignons en acier et d’un grand pignon en alliage, montée sur corps de roue libre Microspline. L’offre comprend également un nouveau pédalier FC-M6200 (119,99 €) à axe de 24 mm, disponible en longueurs de 165, 170 ou 175 mm, avec plateaux direct mount de 30 ou 32 dents. Du côté des commandes, Shimano décline son nouveau shifter en plusieurs versions : SL-M6200 pour les transmissions 12 vitesses, SL-M6230 pour les groupes 11 vitesses, et SL-M6210 dédié aux VTTAE avec changement d’un seul rapport à la fois. À noter également que les composants Linkglide 11 vitesses ainsi que le dérailleur RD-M6200 de précédente génération (69,99 €) restent au catalogue afin de proposer une alternative plus économique. Enfin, la gamme s’accompagne d’une nouvelle génération de freins Deore 2 & 4 pistons (114,99 & 144,99€), qui s’approprie elle aussi plusieurs des nouveautés introduites l’an passé sur les groupes XT et XTR. Un sujet sur lequel on revient par ailleurs, sur FullAttack, pour ne pas surcharger le propos ici 😉
Premières impressions : plus de douceur, plus de confiance
Avécu ce qui précède, les bases sont posées pour cerner le nouveau Shimano Deore M7200. Reste à saisir ce que ça apporte en vrai, dans la réalité, une fois en main. Avant même de rouler, quelques observations méritent d’être faites à l’atelier. La première concerne ce dérailleur qui paraît tellement plus massif au premier regard. En réalité, la chape conserve exactement la même longueur qu’auparavant. L’impression provient essentiellement de son design, et du travail effectué sur le parallélogramme, dont les points d’articulation sont plus espacés et les paliers plus larges.
« La sensation de volume supplémentaire vient davantage du parallélogramme que de la chape elle-même. »
Une évolution qui donne davantage de présence visuelle, mais qui répond surtout à la recherche de rigidité évoquée précédemment.
Dans le détail, Shimano n’a pas bouleversé l’architecture générale. La gaine arrive toujours par le dessus et les dimensions globales restent proches. On note simplement une orientation différente de la butée de gaine, désormais davantage tournée vers l’arrière pour accompagner le bras de levier plus long du nouveau dérailleur.
Même constat du côté des shifters lorsqu’on démonte côte à côte une ancienne et une nouvelle génération. Les pistes d’enroulement diffèrent clairement, mais les mécanismes aussi. Fait intéressant, ce nouveau Deore semble même simplifier certaines solutions techniques par rapport à un XT mécanique récent. Les fonctions restent les mêmes, mais la manière de les obtenir évolue.
« Même résultat à l’usage, mais pas forcément obtenu de la même manière. »
Une fois sur le terrain, c’est justement le shifter qui révèle les changements les plus perceptibles. Shimano conserve ce qui fait sa singularité depuis des années : la possibilité d’actionner la descente des rapports à l’index. Une caractéristique devenue rare et qui reste un véritable point fort de la marque.
Mais la différence la plus marquante concerne l’ergonomie de la gâchette principale. Sur les anciens modèles, le pouce avait tendance à effectuer un mouvement qui revenait vers la paume de la main. Désormais, la zone de contact permet davantage de pousser dans l’axe du cintre.
« Le geste change. Moins de mouvement vers soi, davantage de poussée vers le cintre. »
Cette évolution s’accompagne d’un autre phénomène : la commande paraît plus souple et plus progressive. Le levier utilise davantage de course pour accomplir le changement de rapport, mais demande moins d’effort. Le résultat est un fonctionnement plus confortable et plus tolérant.
À l’inverse, en revenant sur un ancien shifter, on retrouve une commande plus directe, plus sèche aussi. Le rapport passe dès les premiers millimètres de mouvement, mais le geste demande davantage de précision. Aller trop loin ou manquer de finesse se traduit rapidement par l’imprécision que l’on connaissait parfois sur les générations précédentes.
« L’ancien shifter est plus immédiat. Le nouveau est clairement plus permissif. »
Du côté du dérailleur, les progrès apparaissent plus subtils mais bien réels. On sent effectivement que la chaîne reste davantage plaquée contre la cassette, ce qui apporte une petite dose de confiance supplémentaire lorsque l’on commence à solliciter fortement la transmission.
Le caractère Shimano demeure néanmoins intact. Chaque changement de vitesse s’accompagne toujours de ce « clang » caractéristique, clairement audible, ainsi que d’un léger à-coup qui confirme mécaniquement le passage du rapport.
« Le bruit est toujours là. Le ressenti mécanique aussi. »
La différence apparaît surtout lorsque l’on cherche à changer de vitesse sous charge. Sans révolutionner le genre, ce nouveau Deore se montre plus stable et plus serein que les générations mécaniques précédentes.
« Ce n’est pas une révolution. Mais c’est précisément le type de progrès que l’on attendait de Shimano depuis plusieurs années. »
Suffisamment, en tout cas, pour donner le sentiment que Shimano a clairement ciblé les attentes du moment.
Les questions qui se posent
Après plusieurs heures passées à démonter, comparer, installer puis rouler avec ce nouveau groupe, certaines conclusions commencent à se dessiner. Mais plusieurs questions méritent également d’être abordées plus directement. Compatibilité, bénéfices réels de chaque composant, positionnement face à la concurrence… Voici ce que l’on retient pour l’heure, de ces premiers contacts avec une transmission mécanique Shimano nouvelle génération, la Deore M7200…
Peut-on mélanger anciennes et nouvelles générations ?
Oui. Et c’est probablement l’une des meilleures nouvelles de cette évolution. Malgré son architecture revue et ses dimensions plus généreuses, le nouveau dérailleur conserve le même tirage de câble que les générations précédentes. Dans la pratique, cela signifie qu’il reste compatible avec les shifters Shimano Hyperglide+ 12 vitesses et Linkglide 11 vitesses déjà existants.
« Nouveau dérailleur avec ancien shifter, ancien dérailleur avec nouveau shifter : ça fonctionne. »
Il n’y a donc aucun nouveau standard imposant de remplacer l’intégralité de sa transmission d’un seul coup. Au contraire, ça laisse la possibilité de faire évoluer son montage progressivement, composant par composant, selon son budget ou ses priorités.
Est-ce que les chaînes et cassettes Shimano évoluent ?
Non ! Et c’est là qu’on mesure toute la différence d’approche de Shimano versus son concurrent principal : la marque se permet de revoir les composants de manière indépendante et rétro compatible, se laissant l’opportunité/la flexibilité d’en faire évoluer certains sans s’obliger à faire évoluer les autres.
Ici clairement, shifters et dérailleurs évoluent, chaînes, cassettes et plateaux restent les mêmes – Linkglide & Hyperglide+.
La perpétuation de ces éléments rejoint aussi la principale observation faite sur le terrain à l’usage du nouveau Shimano Deore : la nature de l’engrenage chaine/cassette reste fidèle à ce que l’on connaît de la marque en matière de son et de retours du changement de rapport dans les pédales. Ça se sent, ça se fait entendre.
Que change réellement le nouveau shifter ?
C’est probablement lui qui apporte la transformation la plus immédiatement perceptible. L’ancienne génération de shifters Shimano a pour elle une grande réactivité. Mais cette immédiateté la rend aussi relativement exigeante lorsque le terrain se dégrade. Une secousse au mauvais moment peut facilement perturber le geste et provoquer un changement de rapport moins précis qu’espéré. Avec cette nouvelle génération, le fonctionnement apparaît plus progressif.
« Le nouveau shifter demande moins de précision. Il offre davantage de contrôle. »
La commande est plus souple, plus facile à doser et plus tolérante lorsque le terrain secoue. On force moins, on accompagne davantage le mouvement. Au quotidien, c’est un progrès sensible.
Que gagne-t-on avec le nouveau dérailleur ?
Ici, le maître-mot est simple : stabilité. La chaîne reste mieux maintenue contre la cassette. C’est particulièrement sensible lorsque les conditions deviennent difficiles ou lorsque l’on cherche à changer de rapport alors que la transmission est fortement secouée. Cette évolution valide également une question que l’on pouvait se poser après l’arrivée du XTR Di2 et de son système à double ressort.
« Oui, une tension de chape plus élevée apporte aussi un bénéfice tangible sur une transmission mécanique. »
Le gain ne concerne pas uniquement la chaîne. Le dérailleur lui-même paraît plus serein lorsque le vélo est secoué. Les changements de rapports s’effectuent avec davantage de constance là où les anciennes générations pouvaient parfois donner l’impression de brasser les pignons avant de retrouver leur précision.
Au final, qu’est-ce qui progresse ?
L’intérêt de cette évolution est que chaque composant apporte un bénéfice bien identifié. Le nouveau shifter améliore l’ergonomie, la souplesse et la facilité d’utilisation. Le nouveau dérailleur améliore le maintien de chaîne et la stabilité globale du système. Pris séparément, ces gains peuvent sembler modestes. Ensemble, ils produisent pourtant un résultat cohérent.
« Ce n’est pas une révolution. C’est une mise à niveau attendue. »
Depuis plusieurs années, nous estimions que les transmissions mécaniques Shimano avaient besoin de progresser sur certains points clés. À ce stade, il apparaît clairement que cette nouvelle génération répond à une partie importante de ces attentes. Les passages de rapports sous charge sont meilleurs. Reste désormais à accumuler les kilomètres pour mesurer précisément jusqu’où ce progrès se vérifie dans la durée.
Face à la concurrence, où se situe ce Shimano Deore M7200 ?
C’est sans doute la question la plus délicate. Car malgré les progrès observés, une différence demeure. Elle est même immédiatement perceptible à l’oreille. Là où certaines transmissions concurrentes savent désormais se montrer presque totalement silencieuses par moments, le nouveau Deore conserve la signature historique de Shimano.
« Quand la vitesse passe, on le sait. On l’entend. On le sent. »
Le fameux « clang » accompagne toujours le changement de rapport. Et ce bruit reste associé à une légère secousse dans la transmission et les pédales. Un comportement que certains apprécieront pour le retour d’information qu’il procure, mais dont d’autres préfèrent se passer. Pour l’heure, Shimano a visiblement réduit l’écart sur la stabilité et les changements sous charge.

