Suite et fin des aventures de Thomas Lecoq et ses acolytes en trip VTT pour la bonne cause au Rwanda. On termine en apothéose avec une itinérance VTT de 5 jours au fil du Congo Nile Trail…
La première partie ici :
Partie 6 : Que la fête commence
John nous a rejoints au camp d’entraînement le soir même et nous lui remettons le vélo ramené pour l’occasion. Tout comme Obed l’émotion est grande chez John, qui ne cesse de nous remercier. Très consciencieux et soigneux, il prend le temps de monter le vélo et les équipements avec attention. Il fait déjà nuit, mais il ne peut s’empêcher d’essayer le vélo, sourire aux lèvres.
Mission accomplie sur le papier : les vélos sont livrés à nos deux protagonistes, qui vont pouvoir les utiliser au quotidien pour leurs missions respectives. Nous prenons une photo pour immortaliser le moment, puis profitons d’un petit instant de recueillement pour savourer ce moment simple de partage.
Et maintenant, le meilleur reste à venir : 5 jours d’itinérance à vélo avec John.
Obed, contraint par les préparatifs des Championnats d’Afrique, ne pourra pas prendre part au voyage avec nous. C’est donc à quatre que nous partons à l’assaut du Congo Nile Trail.
Nous nous débarrassons d’une partie de nos bagages, que nous faisons livrer à Kigali, à l’hôtel réservé avant notre vol retour. Il ne nous reste que le strict minimum pour voyager léger : sacoches avant et arrière, sac à dos de 25 L… et c’est parti. On croise les doigts pour que les bagages arrivent bien à destination !
Nous avons 5 étapes à parcourir, chacune comprise entre 50 et 80 km, pour 1000 à 1800 m de dénivelé positif.
L’objectif est simple : partir le plus au nord du Rwanda, longer le lac Kivu et arriver le plus au sud possible, en suivant un itinéraire balisé avec l’aide de John, guide spécialisé.
Nous partons de Kinigi, mais le « véritable » Congo Nile Trail débute à Rubavu. Nous entamons donc notre itinérance par une étape « fictive », qui ne fait pas officiellement partie du Congo Nile Trail, mais qui s’avère ô combien intéressante.
Partie 6.1 : Kinigi > Rubavu
Départ fictif pour rejoindre Rubavu
- Profil de l’étape : 65 km / 780 m de D+
- Difficulté : **
- Caractéristiques : montée sur route principale pendant 30 km, puis descente sur piste sur environ 30 km, single pour arriver sur la plage.
Nous quittons Kinigi et le centre UCI en direction du lac Kivu. L’ascension se fait par la route principale, une montée progressive de 30 km. Arrivés au col, juste avant de basculer vers le lac, nous apercevons une piste qui semble prendre la même direction. Après avoir consulté la carte, nous décidons de nous engager.
Le choix s’avère très pertinent : la descente se fait sur une piste en terre, parfois bien défoncée, nettement plus sympa que la route. Nous traversons plusieurs villages et recevons un accueil chaleureux. Une légère erreur de navigation nous fait passer à proximité d’une grande école à la sortie des cours… et nous avons l’impression de provoquer une véritable hystérie ! Notre passage entraîne derrière nous des centaines d’enfants qui se mettent à courir et nous suivent joyeusement.
De retour sur la bonne trace, il nous reste une belle descente menant à notre hébergement à Rubavu, situé littéralement au bord du lac Kivu. Nous nous y régalons d’un bon poisson tilapia au barbecue, accompagné d’une bière fraîche Primus (retenez ce nom, il va revenir souvent ahah), avant une baignade dans le lac. Le lieu est presque paradisiaque : le lac bleu ciel, les montagnes congolaises en toile de fond, un plafond de nuages bas… On resterait des heures à contempler ce paysage.
Difficile de croire que nous ne sommes qu’à une dizaine de km de Goma, lieux de tensions au Congo en février dernier. Mais on a dit pas de politique, bike only !
Une très belle première journée, qui annonce de grandes choses pour la suite.
Partie 6.2 : Rubavu > Kinunu
La première étape
- Profil de l’étape : 39 km / 970 m de D+ / 3h40
- Difficulté : ***
- Caractéristiques : singles le long du lac, pistes, franchissement de pistes effondrées et quelques portions singles
Nous quittons le Paradise Guest House, qui porte bien son nom et où nous serions bien restés plus longtemps, pour entamer le véritable itinéraire. Nous commençons par sortir de Rubavu en traversant la fabrique de bière. Et oui, héritage de la colonisation belge, les Rwandais sont de grands producteurs de bière, qu’ils exportent partout en Afrique de l’Est.
Nous attaquons ensuite une piste en montée, ponctuée de franchissements de gués. Certains passages se sont littéralement effondrés, la piste ayant été emportée, et nous devons porter les vélos (enfin… faire porter les vélos) pour passer.
Au fur et à mesure que nous avançons, nous prenons de la hauteur et la vue sur le lac Kivu devient tout simplement extraordinaire.
Après une quinzaine de kilomètres, nous attaquons une longue descente avec de bons singles qui nous amène au plus près du lac Kivu, l’occasion d’une pause baignade bien méritée. Une bonne averse tropicale stoppera notre avancée et nous trouverons refuge dans un abri de fortune, où des enfants ne tarderont pas à venir se réfugier avec nous.
L’arrivée se fait à Kinunu, dans un cadre idyllique, au sein d’une exploitation de café qui fait également chambre d’hôtes. Nous prenons le temps de visiter la « coffee washing station » avant de nous installer pour la nuit. Les logements sont basiques, mais font largement le job. Nous sommes à quelques centaines de mètres du lac et passons la fin de l’après-midi à nous baigner.
Bière, frites, repas… dodo.
Et c’est reparti pour une nouvelle journée demain !
Partie 6.3 : Kinunu > Kibuye
Grosse journée sur le vélo mais tellement beau !
- Profil de l’étape : 55 km / 1400 m de D+ / 5h00
- Difficulté : ****
- Caractéristiques : mélange de pistes et de singles, un peu de route, 5 ascensions dont une ridiculement raide !
Troisième jour sur le vélo, nous quittons les plantations de café de Kinunu pour notre destination, Kibuye. Le début du parcours est magnifique, avec des singles en bord de lac. Rapidement, le tracé se complique avec des ascensions très raides. Les montées ne sont jamais très longues, mais vraiment pentues, à se demander comment des engins motorisés peuvent rouler sur ces pistes.
Nous passons d’une vallée à une autre, les paysages changent, et nous alternons entre collines avec vues sur le lac, plantations de canne à sucre et champs de maïs. Nous traversons quelques petits villages, mais finalement assez peu, et saisissons donc chaque opportunité pour faire le plein d’eau et de fruits quand cela est possible. Étrangement, il y a très peu de points de restauration sur le parcours et il faut vraiment prévoir le nécessaire en anticipant.
Nous sommes parfois récompensés de nos efforts à la montée par de belles descentes en single, qui font vraiment plaisir ! Un passage sur une passerelle himalayenne nous régale : c’est vraiment atypique de rouler sur ce genre d’infrastructure. Même si c’est la deuxième fois après Kigali, c’est toujours aussi impressionnant.
En début d’après-midi, le ciel se charge et devient menaçant… Alors qu’il nous reste une vingtaine de kilomètres, nous prenons un orage de folie, le genre d’orage qui oblige à se mettre à l’abri immédiatement. Nous trouvons refuge chez une mamie qui nous ouvre volontiers sa porte, et nous patientons une bonne heure, le temps que cela se calme un peu. Nous décidons malgré la pluie de repartir ; inutile de dire que la fin du ride sera humide !
C’est une étape un peu spéciale pour moi, car c’est à Kibuye, l’an dernier, que j’avais rencontré John et que nous avions sympathisé. Il m’avait emmené rouler sur un morceau du Congo Nile Trail (souvenez-vous, l’article est disponible ici). Me retrouver sur les mêmes sentiers un an plus tard, avec John, en lui ayant ramené un vélo, et accompagné de deux de mes amis pour parcourir l’intégralité du Congo Nile Trail, procure un sentiment vraiment particulier.
Nous arrivons finalement à l’hôtel, un diocèse où nous pouvons faire sécher nos affaires et, a minima, prendre une douche avant de nous reposer pour le reste de la journée. La mauvaise météo ne nous donnera pas l’occasion de profiter de cette jolie station balnéaire, et nous préférons rester au chaud. Pas de jet-ski cette fois ! (je plaisante)
Encore une étape haute en couleur. Trois jours sur le vélo et trois ambiances différentes. Décidément, le Congo Nile Trail ne cesse de nous surprendre !
Partie 6.4 : Kibuye > Mugenero
Up and Down avec un tour dans les terres
- Profil de l’étape : 44 km / 1200 m de D+ / 3h50
- Difficulté : ***
- Caractéristiques : longue portion de route, puis piste large en montée et petite piste bien défoncée pour terminer
Nous repartons de Kibuye et commençons une loooongue ascension : 1 000 m de D+ non-stop.
J’avoue que le départ de l’étape, qui se fait sur la route, me fait presque plaisir ! Les kilomètres défilent et, même si nous sommes en montée, ça fait du bien d’avoir le sentiment de dérouler, alors que la veille nous étions sans arrêt tankés dans des montées raides avec l’impression de ne pas avancer.
La montée sur la route laisse ensuite place à des pistes au milieu des champs de thé. Nous sommes partis à environ 1 500 m d’altitude et montons progressivement vers 2 500 m. Les paysages sont magnifiques et bien différents de la veille. C’est vraiment étonnant de constater à quel point une journée ne ressemble pas à l’autre. Je craignais un peu la monotonie, mais jamais je n’ai eu l’impression de repasser dans un endroit déjà vu.
À une bifurcation entre la route et la piste, on distingue au loin un camp de réfugiés, en partie composé de Congolais ayant fui leur pays il y a plusieurs dizaines d’années. Cette pause est l’occasion pour John de nous refaire un topo sur la situation géopolitique et les tensions qui sévissent dans la région, en toile de fond de l’accès aux matières premières.
Le profil de l’étape est relativement simple, puisqu’il s’agit d’une montée d’une vingtaine de kilomètres, suivie de faux plats montants et descendants à travers les champs de thé, pour finir par une longue descente de 14 km sur une piste bien défoncée. Avant d’attaquer la descente, la pluie nous rattrape, mais elle sera moins battante que la veille.
Nous arrivons en milieu d’après-midi dans un diocèse (encore), où l’hébergement se révèle pour le moins surprenant. Il s’agit d’une immense maison vide, perchée au sommet d’une colline en bord de falaise, avec simplement un canapé et des lits dans les chambres. Le strict minimum, mais l’endroit est propre et sec, tout ce qu’il faut pour se reposer.
Comme depuis le début du trip, il ne faut pas compter sur une douche chaude pour se remettre de la journée, mais plutôt sur un filet d’eau froide coulant du robinet. Là aussi, un peu rustique, mais largement suffisant.
Par contre, la Primus (bière locale) et les assiettes de frites sont là… et ça, ça fait plaisir.
Encore une belle étape, avec pas mal de dénivelé, mais au final moins éprouvante que celle de la veille.
Partie 6.5 : Mugenero > Nyamasheke
Queen Stage. Avec une petite extension qui vaut le coup
- Profil de l’étape : 80 km / 1850 m de D+ / 6h10
- Difficulté : ****
- Caractéristiques : Un joli mix de route, large piste, single en descente
Jour 3, étape 4, le rythme est définitivement pris. Réveil, café, petit déjeuner, check des vélos, préparation des sacs. Une journée sur le vélo à monter et descendre des cols. Bières Primus, frites. Repas. Dodo. Et on recommence le jour suivant.
Plutôt plaisant comme mode de vie et vraiment la sensation d’être coupé du monde.
Nous partons de Mugenero en attaquant par une longue descente raide, ce qui n’est jamais bon signe au Rwanda car ça veut dire qu’on va forcément remonter en face ! La végétation est différente, nous sommes déjà dans la partie la plus au sud du pays, et les essences d’arbres ne sont plus les mêmes. On aperçoit maintenant aussi des petits singes que nous n’avions pas vus jusqu’à présent. Petite pause à la terrasse d’un café d’une plantation de café (ça ne s’invente pas) et nous enchaînons les montées et les descentes, principalement sur la piste, avec de belles portions de single offrant une vue dégagée sur les collines rwandaises. Nous perdons pas mal de dénivelé, un passage de pont un peu sketchy, et nous revoilà partis pour une longue ascension.
Nous croisons une route principale, à proximité d’une église. Nous sommes dimanche et les Rwandais sont très pieux, tout le monde est habillé et préparé pour aller à la messe, dans leurs beaux habits. La musique s’échappe des églises, c’est une ambiance très joviale !
Au 55ᵉ kilomètre, John nous propose de faire une extension supplémentaire, d’une trentaine de kilomètres. « Vous êtes ici pour découvrir le Rwanda et le Congo Nile Trail, let’s do it ! »
On refait le plein chez un petit marchand et nous revoici repartis pour une boucle supplémentaire.
Nous nous enfonçons dans les terres et, déjà qu’il n’y avait pas grand-chose, pour le coup nous avons l’impression d’être seuls au monde dans ces forêts, où le calme règne… jusqu’à ce que des enfants croisent notre chemin, en appellent d’autres, et c’est un joyeux convoi qui nous accompagne pendant plusieurs centaines de mètres.
La sortie est éprouvante, car la boucle était déjà assez dure en elle-même et l’extension nous fait passer par des combes où l’on descend raide dans la pente pour remonter des pistes collantes et boueuses en face. Éprouvant, mais la beauté des paysages et le plaisir d’être ici nous motivent !
Notre point de chute se situe à Nyamasheke, et sur Google Maps il est indiqué une icône « plage », ce qui paraît plutôt surprenant.
Et pourtant ! Arrivés sur place, nous découvrons en effet une espèce de resort, très fréquenté par les Rwandais le week-end. Il y a en effet une jolie plage qui donne sur le bord du lac Kivu, avec un restaurant local, un DJ qui passe de la musique. Vraiment cool !
Après notre étape reine, c’est parfait pour se remettre des émotions. Primus. Frites. Baignade. La routine quoi !
Partie 6.6 : Nyamasheke > Kamembe 🇷🇼
Toujours se méfier de la dernière journée
- Profil de l’étape : 48 km / 1150 m de D+ / 4h18
- Difficulté : ****
- Caractéristiques : Large piste, portage, montée raide, route.
Nous sommes dans notre bulle, une sorte de routine, à chaque jour suffit sa peine, mais les organismes commencent un peu à souffrir, même si le plaisir est présent tous les jours à vélo.
Nous partons confiants pour cette dernière étape, avec la sensation d’avoir fait le plus dur. Tonton Fabrice pourtant nous rappelle un vieil adage : « il faut toujours se méfier des derniers jours ! » et il avait raison !
Nous longeons le lac Kivu, avec l’impression de le longer peut-être d’un peu trop près… Le chemin est humide, puis franchement impraticable. Il faudra alors nous résoudre à pousser puis porter les vélos. Devant nous se dresse une colline imposante avec de la boue collante, pas d’autre solution que de porter le vélo pendant 2 km.
Les heures défilent et l’impression de ne pas avancer… À force d’efforts dans la boue et de portage, nous retombons sur une piste assez large et raide qui nous fait perdre 400 m de D-, qu’il faudra reprendre dans la vallée d’en face.
Les paysages défilent, les couleurs sont encore plus vives ici au Sud et les forêts ont encore changé. La terre ocre tranche avec le vert de la nature luxuriante et le bleu du lac. Un régal pour les yeux.
Cette étape, même si au final elle ne représente pas le plus de dénivelé, est certainement la plus éprouvante avec son parcours cassant. Petit à petit nous avançons. Monter, descendre, monter, descendre. Pause dans une petite boutique pour refaire le plein d’eau. Nous passons par des rizières surprenantes et magnifiques. Et puis petit à petit nous retrouvons de la civilisation. Le Congo Nile Trail se transforme en route. Nous nous approchons petit à petit de Kamembe. Et enfin le panneau devant nous : Congo Nile Trail End.
C’est un sentiment assez bizarre qui m’envahit. D’abord la satisfaction d’avoir fait ce grand voyage à vélo avec ce super groupe, sans encombre, sans chutes, sans problème mécanique, en profitant de chaque instant présent tous ensemble. La satisfaction d’avoir mené ce projet, mais aussi une sorte de tristesse, réalité que notre routine quotidienne est désormais terminée…
Nous nous engageons dans les rues de Kamembe, qui fait face à sa grande sœur Bukavu au Congo, que l’on devine en face de nous. L’atmosphère est vibrante, ça grouille, il y a des motos-taxis partout, des petites échoppes. Après 5 jours dans les montagnes sur le vélo, cela fait une sensation étrange. Nous nous dirigeons vers l’hôtel, où cette fois nous pourrons prendre une douche (mais toujours sans eau chaude) et une dernière baignade dans le lac.
Et comme pour nous dire au revoir, nous assistons au spectacle magique des pêcheurs de nuit du lac Kivu qui partent à la pêche. Comme un au revoir avec leurs chants traditionnels, alors que nous nous baignons une dernière fois dans les eaux chaudes. Comme un au revoir, mais certainement pas un adieu…
Partie 7 : Pourquoi pas vous ?
Et alors, c’est vrai ça : pourquoi pas vous ? Les vols Paris – Kigali sont très bien desservis par Rwanda Air, et la bonne nouvelle : vous avez droit à 46 kg de bagages ! De quoi embarquer votre vélo sans souci.
À Kigali, se déplacer est assez simple. Votre hôtel peut vous aider à organiser un véhicule si besoin, et pour rouler au mieux, rien ne vaut un guide local.
Comme mentionné plus haut, le Centre UCI est ouvert au public – vous pouvez les contacter directement ici. Et pour découvrir le Congo Nile Trail en toute sérénité, John sera votre meilleur allié : il connaît les sentiers comme sa poche, vous fera découvrir les plus beaux passages et, en même temps, vous soutiendrez son activité locale.
Même si la trace GPX est facilement disponible en ligne, rouler avec un local change complètement l’expérience. Et si vous avez besoin de conseils, de contacts ou simplement d’un coup de pouce pour préparer votre trip, je reste joignable !
Alors, qu’attendez-vous ? Enfilez votre casque, prenez votre vélo… et profitez de cette aventure incroyable au cœur du Rwanda !
Bon ride et Marakoze
Thomas
